Le jour où tout a basculé (BeautyPolis)

Le jour où tout à basculé

Résumé :

Rebecca vivait une vie paisible. Une vie sentimentale vide, une sœur qui la détestait et une mère autoritaire. Tout allait bien jusqu'à lors. Mais son père meurt brutalement. Il la nomme P-DG de l'entreprise qu'il a créée. Voilà lé début de l'histoire ; c'est comme ça que Rebecca va voir sa vie basculer en un seul jour.
Un roman policier et romantique !


(Salomon : Eccl 9 :5,10)
« Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront;
mais les morts ne savent rien, et il n’y a pour eux
plus de salaire, puisque leur mémoire est oubliée…
Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le;
car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse,
dans le séjour des morts, où tu vas »,
[...]
6 De plus leur amour et leur haine et leur jalousie ont
déjà péri, et ils n'ont plus - pour des temps indéfinis -
de part à quoi que ce soit qui doit se faire sous le soleil.

 

Prologue

 Quand on est en train de mourir, la vie devient alors très courte. Parfois, elle prend enfin son sens. On veut profiter de nos derniers instants. On prend réellement conscience à quel point les gens comptent pour nous.
 Quand on fermera les yeux à jamais, on se rendra compte à la seconde près de ce qu'il se passe de l'autre coté, on voudra revenir en arrière pour prévenir les nôtres, mais ce sera impossible...
 Elle va bientôt mourir. Son assassin se trouve devant elle et lui explique pourquoi elle a fait cela. La jeune fille ne comprend pas son assassin. Elle espère qu'un contretemps empêchera sa mort. Mais elle sait qu'il est trop tard. Elle est toujours aussi choquée que quand elle a apprit qu'elle n'était pas malade, ces derniers temps, mais qu'elle avait été empoisonnée.
 Mais comment a t-elle pu en arriver là ?


Trois ans plus tôt
Chapitre 1

Toute la famille Evans était réunie dans le grand salon de la maison familiale des Hamptons afin d'entendre les dernières volontés d'Adam Evans, feu mon père et créateur de la ligne de cosmétique BeautyPolis mort officiellement d'une crise cardiaque. Je dis « officiellement », car officieusement, d'après l'autopsie, il y aurait de la présence de cyanure dans son corps. Au moins, il a de la chance, il n'a pas souffert : sa mort a été plutôt rapide.
Le notaire Walden Miles lut la lettre qu'avait écrit le regretté Adam Evans, jadis respecté. Miles énonça l'héritage en hachant ses mots, ce qui faisait pensait à un robot, avant d'arriver à ma part :          
 
 " Je lègue la totalité de la gestion de l'entreprise BeautyPolis ainsi que quatre de mes sept maisons de vacances se situant à Carmel-By-The-Sea et Rancho Santa Fe (Californie), Cherry Hills Village (Colorado), Hartford (Connecticut) et mon appartement se situant dans le quartier de Sutton Place à New York à ma fille Mlle Rebecca Sue Evans.
Fait et écrit entièrement de ma main aux Hamptons (New York) le 2/07/2010.
Adam James Evans."
 
 La famille en resta bouche bée. Je me rappelais parfaitement de cette journée. Tous pensait que l'ancien P.D-G  de BeautyPolis choisirait mon oncle son frère, Michael Evans. Je ne savais que dire, j'étais partagée entre les larmes et l'émotion. Il faut dire que ma sœur aînée, Ariel était l'image de la femme de chez BeautyPolis. Elle était si bien habillée dans le dernier tailleur blanc Dior, alors que moi, Rebecca... je ne portais qu'un jean déchiré avec un débardeur noir. Je se retournais vers mon oncle qui aurait été plus disposé a contrôler l’entreprise. Sa petite amie lui murmurait quelque chose en m'observant. Puis je jetais un coup d’œil à Ariel qui était rouge de rage et de honte. Celle-ci vit que je la regardais et elle sera les dents, ce qu'elle faisait toujours pour garder son calme. Toutes ces questions qui bouillonnaient dans ma tête à l'en faire exploser et les regards de ma famille posés sur moi me rendait mal à l'aise. Il ne se passa pas trois secondes après que le notaire Miles eut finit de lire ces phrases à l'assemblée qu'un brouhaha remplit le salon de la maison familiale des Hamptons dans l'État de New York.  Cette cacophonie me donna une migraine abominable. Je partis vers le jardin à grand pas, consciente des disputes qui commençaient.
 Dehors, il faisait presque nuit. Je retins des larmes quand j'entendis un bruissement dans l'herbe fraîchement tondue. Je me retournais dans un sursaut. Devant moi, Victoria Felicia Evans, une belle femme de quarante ans, les traits injectés de Botox et un bronzage trop brun pour être vrai s'avançait vers moi.
– Tu veux parler ma chérie ? me proposa t-elle.
 Ma mère. Je soupirais avant de répondre par la négative. Mais j'avais vraiment besoin de me confier à quelqu'un. Victoria Evans n'était pas du genre à forcer les gens à parler. Elle m'observa d'un air soucier avant de partir.
– Mère... l'arrêtais-je.
 Elle s'immobilisa et fit un tour sur elle-même, chaussée sur ses talons aiguilles.
– Pourquoi a t-il fait ça ?
 Je n'y étais pas allée par le dos de la cuillère ! Elle leva les yeux en souriant, comme si elle avait prévu que je me confierais, avant de répondre, pensive :
– Ton père a ses raisons...
– Mais je veux dire : pourquoi m’a t-il choisie, moi et pas Ariel ou son frère Michael ? Je n’ai jamais montré quelque intérêt pour l'entreprise !
 A cet instant, Ariel s'interposa entre ma mère et moi. Ses yeux jetait des éclairs.
– Ne remue pas le couteau dans  la plaie ! s'écria t-elle. Il devait être complètement cinglé au moment où il a écrit ce testament sinon je ne pense pas qu’il aurait choisi la moins belle de ses deux filles !
– Quoi ? Tu es jalouse de moi, Ariel parce que j'ai été choisie ? lui lançais-je en entortillant une mèche de mes cheveux couleur cuivre.
– Moi, jalouse ? C’est un comble ! Je serais jalouse de mon idiote de petite sœur ! Ah ! Sache, inculte, que je ne suis jalouse de personne, si ce n’est que de moi, ma pauvre fille ! grinça Ariel.
 Ariel, vingt-six ans, célibataire et pourtant vraiment belle et studieuse, je l'avoue. Toujours prête à lancer des piques, elle n'aimait pas se faire marcher sur les pieds. Ma mère nous observa chacune notre tour en secouant la tête, comme désespérée par nos disputes.
– ARIEL VANESSA EVANS, MA FILLE AINEE ! Tu devrais être contente, ton père nous à laissé la maison familiale. Elle t'appartiendra à ma mort. Et puis, il te reste  l'appartement à Avalon, dans Santa Catalina.
– Mère ! Ce n'est pas le problème ! Tu ne comprends pas : j'ai été déshonorée !
– Tais-toi, ingrate ! Moi aussi, j'ai été outrée par les choix de ton père ! Mais sa parole ne peut être remise en cause...
 Ariel ouvra sa bouche, colorée d’un gloss couleur pêche, s’apprêtant à répondre quand elle se rendit compte que sa mère l’avait appelée par ses deux prénoms, ce qui voulait dire qu’elle était vraiment énervée. Elle referma sa bouche, se leva et retourna dans le brouhaha du salon en trombe.
– Ma chérie, me dit ma mère, Ne fais pas attention à elle, tu sais, je pense que tu devrais te reposer et donner le commandement de BeautyPolis à ton oncle, ce serait plus raisonnable. Tu es jeune, tu n’as pas fini tes études et s’il faut que tu diriges une entreprise à 21 ans... ce n’est pas... dans tes capacités. Oui, tu n'as pas la capacité de diriger. Il faut du pouvoir pour ça, il faut être sûre de soi, savoir se faire respecter.
– Je... je vais réfléchir. Papa doit avoir une idée derrière la tête comme tu l'as dit, je ne peux pas... je ne veux pas le décevoir, je lui répondais sous son regard déçu.


Chapitre 2
J'ouvris le New York Time comme tous les matins. La couverture annonçait en gros titre « Adam Evans est partit ».
Adam Evans est le directeur de BeautyPolis et aussi mon patron. C'était un homme bien. L'article disait que le grand homme avait eu une crise cardiaque. Je n'y crois pas. Je pencherais plutôt pour un empoisonnement.
– Voilà ton œuf, Ace, me dit ma sœur aînée, Madison Bradley.
Je levais mes yeux du journal. Elle m'avait préparé un bon breakfast à l'anglaise. Ma sœur est une bonne cuisinière. En même temps, elle a fait ça toute sa vie, s'occuper de moi. Depuis que ma mère s'est suicidée, ma sœur est comme une autre maman. Mais ne rabattons pas le passé !
Je lisais l'article en diagonale. Oh oh. Monsieur Evans a choisi l'héritier de BeautyPolis. Je pensais lire Michael Evans,le frère de mon regretté patron. Mais la personne qu'il a choisie est bien différente. J'imagine bien la réaction qu'à eu la famille lors de la lecture du testament d'Adam Evans.
« Rebecca Sue Evans, la fille cadette d'Adam Evans a été choisie pour le remplacer. », disait l'article. À côté, la photo de Rebecca, au côté de sa sœur Ariel Evans, apparaissait. Rebecca avait l'air d'une gentille fille obéissante. Ariel avait l'air d'une pimbêche arrogante. Une pimbêche arrogante canon.
– Jolie, murmurais-je à moi-même en regardant la photo Rebecca.
Cette Rebecca Evans me faisait penser à ma fiancée qui s'était suicidée dix ans plus tôt. J'avais l'impression de revoir mon Emily Garcia. Oh, pauvre Emily, tombée dans une cage d'ascenseur...
– Qu'est-ce que tu regardes ? me demanda Madison.
– Euh... Rien, répondis-je en tournant la page.
– Oh, coquin, on ne me la fait pas à moi ! C'était une pub de lingerie, c'est ça ?
– Mais non, arrête !
– Tu peux me le dire, tu sais. Je suis ta sœur, je ne dirais rien si tu mates des filles en sous-vêtements.
– Madison ! Je lisais un article.
– Montre, me demanda t-elle en m'arrachant le journal des mains. Ah, je vois. Tu regardais la photo des sœurs Evans. C'est vrai qu'Ariel est sexy. Elle te plaît ? Je l'aimes bien, moi. Elle a crée une ligne de vêtements à H&M. Elle a de très bon goûts, je trouves.
– Non, elle n'est pas sexy. Elle fait connasse, je trouves. Tu me rends le journal ?
– Alors qui ? La mère ? Elle est bien conservée pour son âge mais elle a quand même cinquante ans.
– Non, mais qu'est-ce que tu racontes, Maddy ?! Tu crois que j'ai flashé sur une vieille ?
– Bah, qui d'autre ? À part elle ou sa fille rouquine, je ne vois pas.
La conversation s'est terminée comme ça. Je ne voulais pas qu'elle sache que Rebecca me plaisait. Elle sortit dans le jardin et je finis mon œuf au plat, maintenant froid...

 


Chapitre 3
Pour mon premier jour en tant que présidente de l’entreprise, j'ai opté pour un tailleur blanc Cifonelli, une marque parisienne, assortie à la veste de la même marque sur une chemise en soie violette clair Yves Saint Laurent et tout cela acheté la veille avec Edenia Jones dite Eden, ma meilleure amie d'enfance. Je préférais le sac-à-main Jumbo de Chanel au Burberry beige-marron, mon préféré.
 Au moment où je suis entrée dans les bureaux luxueux, tout le monde me toisa d'un air à la fois hautain et admiratif. Mal à l’aise, je fis comme si de rien n’était et rentrais directement dans l’ascenseur en ignorant les messes basses des employés. De mes employés.
– Madame la directrice ! m'interpela la secrétaire de l'accueil. Voici la carte magnétique pour l'ascenseur.
 Je lui arrachais presque des mains en grommelant un « Merci » puis je me dirigeais vers l'ascenseur  où je la passais dans la fente. Je pressais sur le bouton du dernier étage du building, bureaux du président, piscine sur la terrasse et appartements privés. Je me regardais dans la vitre de l’ascenseur et je vis une jeune femme fatiguée au regard perdu. Je grimaçais, me rendant compte que ce n’était que moi. Voyant une mèche qui dépassait, je la remis en place et arrangea mon maquillage. Au quatrième étage, un homme d'une trentaine d'années entra dans l’ascenseur et me sourit. Il était grand – un mètre quatre-vingts – avec des cheveux d'une blondeur éclatante et des yeux qui avaient le bleu de la mer. C'est que son sourire était charmeur et comme je n'avais pas l'habitude qu'un aussi beau parti me sourisse depuis mon nouveau titre de Présidente-Directrice Générale, je succombais tout de suite au charme de ce jeune homme. Celui-ci me dit :
– Je fais tout le temps ça, moi aussi, avant mes rendez-vous ! Il ne s'agirait pas d'avoir une apparence négligée devant de hauts dirigeants.
 Étonnée qu'il me parle, je souris timidement et répondit :
– Ah, mais je n'ai pas de rendez-vous !
– Au temps pour moi. Mademoiselle, vous montez à quel étage si je puis me permettre ? demanda l'homme blond aux yeux bleus.
– Je... au trentième... et... et vous ? bégayais-je en me maudissant de ma stupidité.
Sa façon de m'appeler Mademoiselle était assez troublante.
RESSAISIS-TOI  ! TU ES REBECCA  EVANS !
– Quinzième. Mais, vous êtes Rebecca Evans, la nouvelle directrice de l'entreprise ! s'exclama t-il. Ravi de faire votre connaissance Mademoiselle Evans. Toutes mes condoléances, Mademoiselle votre père était un homme si bien. Au fait, je m'appelle Ace Bradley et je travaille au service Créations. Je suis responsable publicitaire. Mon travail consiste à...
– Je sais, Monsieur Bradley. J'ai fait du marketing au lycée.
– Du marketing ? Je croyais que vous étiez dans le droit.
– Et alors ? Faire du droit n'empêche pas de connaître des notions en marketing, Monsieur Bradley.
– Sans vous être familier, vous pouvez m'appeler Ace, Mademoiselle Rebecca.
 A ce moment là, je m'étais étonnée de tant de gentillesse alors j'opinais tandis qu' Ace Bradley sortait sur la moquette bleue turquoise du quinzième étage. S'il avait voulu me faire son petit effet, il avait réussi ! Je souriais maintenant bêtement et mon cœur battait la chamade. Je sortis cinq étages plus loin en me disant que, finalement, la vie en entreprise commençait bien.
 
La secrétaire de mon père, Amber Krugger, une rousse assez canon, c'était le cas de le dire, aux traits parfaitement symétriques et un nez fin probablement refait, me lui dit bonjour en souriant de toutes ses dents. Des dents complètement blanches et parfaites elles aussi. En fait, ses cheveux n'étaient pas roux, mais vraiment rouges. Mais pas un rouge sang, plutôt un rouge marronné. Un joli rouge avec des reflets clairs. Ses cheveux, coiffés en grandes boucles, contrastaient avec sa tenue rose ; elle portait un tailleur rose coupé court, si on pouvait appeler ça comme ça parce que ça ressemblait plus à une mini-jupe, de la marque Tommy Hilfiger et avait une french manucure. Même ses yeux étaient bizarres, avec leur couleur virant entre le pourpre et le mauve ! Des yeux violets, vous auriez vu ça !
 Depuis ma plus tendre enfance, du temps où je venais jour dans le bureau de mon père, Amber aimait se comporter avec moi comme une sœur mais je ne l'avais jamais accepté : ma vraie sœur, Ariel, me racontait des horreurs sur elle de peur de se faire remplacer.
 Je lui dis bonjour en pinçant les lèvres et m'abstins de lui dire « Rappelez-moi de vous virer dès que possible !». Je ne suis pas le genre de fille à dire des méchancetés aux gens. Même aux pouffiasses rousses en mini-jupe-tailleur rose. Je tournais la poignée du bureau de mon père pour la première fois depuis ma nomination au poste de P-D.G. Enfin de mon bureau, et la porte se bloqua. Je me tournais furtivement vers Amber Krugger, et la secrétaire aux yeux violets sourit en s'excusant et en appuyant sur un bouton près de son ordinateur, rose lui-aussi.
– Problème technique ! lança t-elle tout sourire.
– Eh bien, faites en sorte que ce soit le dernier, Mademoiselle Krugger, sinon si vous êtes incompétente je devrai vous licencier. », j'annonçais calmement, à la manière d'Ariel, entre mes dents, certes blanches, mais pas autant que celles d'Amber Krugger. Et cela m'énervait, même si je n'étais pas tellement connue pour être une fille jalouse, mais plutôt quelqu'un de doux et généreux.
– Oui ! Répondit Amber Krugger, souriant comme une idiote malgré mon exaspération visible.
– Et vous penserez à m’appeler « Mademoiselle Evans ». Ce n'est pas parce que je suis plus jeune que vous que vous ne me devez pas le respect ! j'ordonnais d'un ton sec, me sentant de plus en plus dans mon nouveau rôle.
– Mais je n'ai que vingt-huit ans ! protesta Amber Krugger.
– Vraiment ? Je pensais que vous étiez refaite ! je me moquais en ouvrant la porte de mon bureau.
 La jeune secrétaire ouvrit la bouche mais ne riposta pas, préférant jouer les femmes obéissantes.
 J'entrais alors dans le vaste bureau et me dirigea vers la table en verre au milieu de la moquette verte et m'installais sur le fauteuil en cuir noir. J’observais ce qu'il y avait sur la table : des cadres-photo de moi et de mon père, mes parents avant leur mariage, une photo de ma mère datant du mariage et quelques photos de moi, un calendrier pliable qui avait pour thème les chats parce que pour mon père, les chats sont de petits êtres intelligents et tellement mignons ! Il y avait aussi un livre nommé “Comment éduquer son enfant par la richesse ?” écrit par Adam Evans, un porte-document intitulé “Idées”, un ordinateur portable noir et un téléphone fixe noir aussi. J'avais remarqué que rien n'avait changé depuis que mon père était partis. Mais pour l'oublier et passer à autre chose, je réaménagerais ce bureau plus tard, afin qu'il reflète ma personnalité.
 En attendant, je commençais à fouiller les tiroirs. Il n'y avait rien de spécial : des carnets, des feuilles. Mon père avait l'habitude d'enfermer ce qui lui était précieux dans un coffre fort. Comme il me trouvait 'précieuse', je m'étais retrouvée enfermée dans notre villa durant vingts-ans. Mon père   craignait qu'il m'arrive malheur, hors de notre résidence gardiennée. J'ai quand même réussi à le convaincre d'entrer à Harvard...
 J'ouvris donc un tiroir et en sortis un calepin gris avec des numéros de téléphone.  Dedans, il y avait  des noms d'hommes d'affaires qui étaient venu à New York voir mon père. Des noms français, américains, italiens, russes, japonais tous un peu familiers. Je fermais le calepin d'un coup sec et le rangeais. En dessous, il y avait un autre carnet avec écrit AGENDA en capitales blanches sur cuir rouge. Je le feuilletais jusqu'à la page d'aujourd'hui. De son écriture fine et italique, mon père avait écrit les prochains rendez-vous .
Premier rendez-vous : 10h15 avec Miranda Day, agent de production de BeautyPolis.
Deuxième rendez-vous : 11h00 avec Tom Green, responsable de production.
 Puis il y avait un repas avec un certain Luke Barder, le directeur d'unité de production. En fait, ma journée serait bien remplie : j'avais des rendez-vous toute la journée et les jours suivants étaient remplis également. Je m'étira en baillant et eu soudain envie de regarder la page de mon anniversaire, c'est-à-dire trois mois plus tard.
Mon père avait prévu m'emmener manger à Daniel, dans la 65ème rue de New York...
Je n'avais pas beaucoup dormi, cette nuit. Le sommeil commençait à me prendre. Mes paupières se fermèrent mais le téléphone sonna, me faisant sursauter. Je fronça les sourcils en baillant et répondit :
– Oui ? Allô ?
– J'ai Miranda Day pour son rendez-vous de 10h15. Elle est en avance. Voulez-vous bien la recevoir maintenant ? demanda Amber Krugger.
 Il restait vingt minutes avant qu'il soit 10h15.
– Faites la entrer.
 Quelques secondes plus tard, une blonde portant un tailleur gris clair Yves Saint Laurent  entra. A vrai dire, toutes les femmes qui se baladaient dans BeautyPolis portaient des tailleurs de marque.
– Bonjour, je suis Miranda Day, récita t-elle comme si elle en avait l'habitude. Voici les graphiques d'évolution de notre gamme de parfum Irrésistible, continua machinalement  Miranda Day en sortant une pile de documents de son attaché-case.
– Je jetterais un coup d’œil plus tard, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je lui avais répondu sur le même ton.
 Je me leva trop contente d'achever l'entretien pour raccompagner Miranda Day à la sortie tandis que cette dernière jetait des regards étonnés autour d'elle.
–  Merci de vous être déplacée pour moi, Mademoiselle Day, je lui dis en la raccompagnant.
 Quand j’eus réussi à faire sortir la jeune comptable, je claqua la porte du bureau et retourna m’asseoir à la table. Je m'en voulu un instant d'avoir été désagréable avec cette Miranda Day et de ne pas lui avoir proposé de café avant que la sonnerie du téléphone ne coupe court à mes pensées.
– Oui ?
– Mademoiselle Evans ? demanda Amber Krugger à l'autre bout du fil.
– Quoi ? je lui lançais, agacée.
– Vous auriez pu être plus aimable avec Miranda !
– Je n'ai pas à recevoir de conseils avec des sonorités d'ordres de vous, je lui dis d'un air sec en jetant le téléphone sur son socle.
L'instant d'après, Amber entra dans mon bureau.
– Voulez-vous recevoir Tom Green ? Il voudrait vous parler de la production du parfum Irrésistible qui ne cesse de croître.
– Eh bien, pourquoi veut-il m'en parler : je le sais, maintenant que vous me l'avez dit !
 Amber m'observa d'un air étonné. Elle devait penser « Elle a du chien celle-là ! ». Après tout, je l'agressais alors que je ne la connaissait pas. J'étais trop stressée par ma nouvelle position, il fallait que je me rattrape :
– Le rendez-vous est à 11h00 ?
– Oui mais...
– Nous avons une heure devant nous alors pourquoi ne pas aller boire un verre ensemble, Mademoiselle Krugger ? Pour faire connaissance !
– Pourquoi pas ? Voulez-vous que je réserve une table dans un café chic dans New York, Mademoiselle Evans ? J'ai de très bonnes idées de cafés qui pourraient vous plaire, comme Le salon de Ning dans la cinquième Avenue.
– Faites comme vous voulez, et vous pouvez me tutoyer, Amber ! Il n'y a aucune raison que vous me vouvoyez, vous êtes plus vieille que moi !
– Euh... si : vous êtes ma boss, alors je vous vouvoie...
– Pas de chipotis entre nous, Amber ! Appelez-moi Rebecca !
– Euh, oui Made... Rebecca ! Je viens de réserver une terrasse au salon de Ning, dit Amber Krugger avec un air étonné tout en pianotant sur son smartphone.
– D'accord. J'arrive, Amber. Sors la Volvo rouge, s'il te plaît.
– Bien, j'achevais, fière de ma B.A. du jour.
 J'attrapais alors le sac Jumbo de chez Chanel et sortis de mon bureau en courant.
 

Chapitre 4

Un sourire idiot plaqué sur mes lèvres, je sortais de l'ascenseur. J'avais rencontré Rebecca Evans en vrai ! Qu'est ce qu'elle ressemblait à Emily ! Vive et spontanée. Belle et intelligente. Je m'étais demandé si elle était la réincarnation d'Emily. Mais c'est impossible. Emily est morte il y a dix ans, Rebecca en a vingts.
– Ace, voici les photocopies que tu m'as demandé hier, me lança Brittany Curve à mon arrivée.
Brittany Curve est mon assistante. Brune, trente ans, studieuse et chaussée sur des talons vertigineux aux semelles rouges.
Elle me tendait la paperasse en souriant. Brittany souriait tout le temps. C'était le genre de fille à qui on veut tout le temps faire plaisir. Je prenais mon temps à enlever mon manteau et poser mon attaché-case, les yeux rivés sur mes pensées. Rebecca. Son visage flottait dans mon esprit comme un petit nuage.
– Ace, insista Brittany.
– Ah oui, merci, lui dis-je en lui prenant les photocopies.
Très patiente aussi. Quand je travaillais tard, elle restait avec moi pour m'aider si bien que je devais presque l'obliger à rentrer chez elle. Parfois, elle me demandait des services mais j'oubliais et elle attendait sagement devant mon bureau que je réagisse.
Je regardais les graphiques. C'était les bénéfices du parfum Irrésistible. Entre ce qui se vendait et le prix de la publicité. Avec les échantillons offert dans les magazines, le parfum se vendait plutôt bien.
– Autre chose, Ace ? me demanda Brittany.
– Sans vouloir abuser de ta gentillesse, je veux bien un café.
Brittany était serviable. Elle s'exécutait très vite quand on lui demandait quelque chose. Une minute passa et ma tasse de café se posa sur mon bureau.
– Autre chose ?  répéta Brittany.
Elle eut l'air agacé en demandant cela. Peut-être en avait-elle marre de jouer à la Cendrillon de service.
– Non, c'est gentil. Merci.
Brittany tourna les talons en oubliant de fermer la porte. Tant pis. Je portais la tasse à mes lèvres. Le liquide bouillant me brûla les lèvres. Brittany ferait une bonne épouse. Intelligente, travailleuse, jolie sans être vulgaire et soumise. Mais Rebecca avait pris mon cœur ! Non, ce n'est pas possible. Elle est trop jeune pour moi, elle a une autre classe sociale...  De toute façon, j'avais une petite aventure avec Abigail Wells de la comptabilité, que je rejoignais tous les matins au quatrième étage. Une petite aventure qui ne durerait pas... Il fallait que je me reportes sur Brittany. Brittany Bradley. Pas mal !

Baby is a bad boy with some retro sneakers
Let's go see The Killers and make out in the bleachers
I like you a lot lot, think you're really hot hot


– Brittany, appelais-je. Tu peux venir, s'il-te-plaît ?
La voix de Lady Gaga s'arrêta.
Clac clac firent les talons sur le parquet.
– Oui ? demanda t-elle. Je suis désolée si la musique t'a dérangée. J'avais oublié de mettre mon téléphone sur vibreur.
– Ce n'est pas grave.Veux-tu aller au cinéma, ce soir ?
On ne peux être plus clair. Sur le coup j'avais été direct. Brittany me regarda avec des grands yeux. Je m'attends à un bon vent bien mérité.
– Ce soir... Mais Ace...
– Je suis désolé, oublie ! Je n'aurais pas dû te demander ça, me rattrapais-je.
– Non non, c'est gentil de m'avoir proposé. Ce soir tu as une réunion avec la direction, en fait.
Ah oui. La réunion. Brittany s'en alla. Elle ne m'avait pas dit si elle voulait bien venir au cinéma avec moi. Mais elle n'avait pas refusé non plus. Ça me laissait une chance. Une petite chance, mais une chance quand même !


Chapitre 5
 
Cela faisait maintenant presque quatre mois que je travaillais pour l'entreprise et je m'étais bien intégrée. Tous les soirs, j'allais boire un verre avec Amber Krugger dans un bar toujours différent, je disais bonjour à tout le monde, et voyais Ace Bradley tous les jours dans l'ascenseur, l'aimant chaque jour de plus en plus. Bref, je faisais partie de l'entreprise à part entière...
 À part entière... À part si j'oubliais les ennemis que je m'étais fait et le vice-président de BeautyPolis, un homme très craquant mais tellement arrogant. Il me détestait car d'après ce que j'avais entendu, pour lui, les femmes restent à la maison et ne sont pas censées diriger des entreprises. Pauvre macho.
Mais le macho était mon beau-frère temporaire. Ariel avait une relation avec lui ; cela n'allait pas durer. Tant mieux ! Je ne veux pas qu'un homme hautain de sa trempe fasse partie de la longue lignée des Evans.

 Un matin de juin, alors que je passais ma carte de P.D-G  de BeautyPolis dans la fente de l'ascenseur et que quelques employées passaient et me faisaient la bise (un matin comme les autres, quoi !), je m'étais dit qu'il était peut-être temps d'inviter Ace Bradley au restaurent. Si je ne le faisais pas, il ne le ferait probablement jamais. Et les chances qu'on se mettent en couple seraient alors minimes. Alors quand Ace Bradley entra dans l'ascenseur ; au quatrième étage comme à chaque fois (mais que diable faisait-il à 8h00 au quatrième étage tous les matins ?!), rayonnant dans son costard chic et sa cravate bleue assortie à ses yeux, J'ai pensé qu'en fait, je n'oserais peut-être pas lui proposer une telle invitation. Mais je me décida enfin au bout de deux étages :
– Je... je voudrais... vous dire qu'il fait beau, aujourd'hui ! je lui avait murmuré, changeant soudain de tactique.
 Ah, que je m'étais sentie stupide ! Je suis vraiment la reine de la subtilité !
Ace Bradley sourit. Il s'apprêta à me répondre quand l'ascenseur s'arrêta entre le huitième et le neuvième étage. L'atmosphère était tendue. Ace Bradley se lança dans le but de la détendre :
– Huum... Il faudra que je pense à prévenir la chef que son ascenseur est défectoire !
 Il sourit à sa propre blague, et pour ne pas paraître impolie, je fis un petit rire cristallin. Puis je m'étais dit que j'étais sa supérieure, et qu'il se devait d'accepter mon invitation.
– Ace, je voudrais vous proposer... j'aimerais vous inviter à dîner, ce soir, au restaurant. Mais juste entre collègues, vous voyez ! je rajoutais en vitesse.
 Je me sentais tellement mal, j'avais hâte d'arriver au bureau et commencer le travail laborieux de classer et déclasser des documents dont je ne voyais pas l'utilité.
– Oh, mais ce soir, je ne peux pas, répondit Ace avec son sourire vraiment charmeur, celui qui me faisait rougir comme les cheveux d'Amber Krugger. Ce soir, je vais déjà à un dîner... Un dîner avec ma fiancée. Elle est très gentille, il faudrait que je vous la présente, elle devrait vous plaire !
 A ce moment là, je fus choquée d'apprendre que l'homme de ma vie était déjà fiancé, même peut-être bientôt marié. J'étais rouge, oui mais rouge de honte. Comment Rebecca Evans, qui avait un désert pour vie sentimentale pouvait-elle croire qu'un si bel homme était libre ? Oh, que cette Rebecca est stupide. Je me donnais des coups de poings mentalement en serrant les dents.
– Ah ah ! Ricana Ace Bradley avec un sourire narquois. Je vous ai bien eu ! Je n'ai pas de fiancée et ce soir je suis libre. J'accepterais volontiers votre invitation, Rebecca ! Ah ! Vous devriez voir votre tête ! Vous rougissez jusqu'aux oreilles !
Ace Bradley, avait l'air vraiment ravi de sa feinte. Je desserrais mes dents en protestant :
– Ce n'est pas vrai.
Puis nous rîmes ensemble.
Ting !
Nous avions tellement ri  que nous ne nous étions  pas rendus compte que nous venions d'arriver.
– Je passe vous chercher à 19h00, annonça Ace Bradley en s'en allant.
– Oui ! je lui criais d'une voix trop aiguë à mon goût. D'accord, je vous attend dans mon bureau, je me repris.
 Le jeune homme sourit en guise de réponse et rentra dans les bureaux “Service Art & Créations”.
Le vice-président rentra quand Ace sortit. Il avait vu qu'il se passait quelque chose, entre Ace et moi.
– Rebecca Evans, commença t-il. Je vois que vous ne vous ennuyez pas, chère belle-sœur.
Je continuais mon trajet vers le dernier étage en ignorant ce sombre crétin.
– Eh bien ! Vous avez perdu votre langue ? Ou je vous intimides ! me dit le vice-président avec un grand sourire dragueur.
Pauvre idiot. Tu ne m'intéresses pas. Pour ne pas perdre face, je répondais à cet hypocrite de première :
– Alex Carthwight, ma vie privée ne vous concerne pas.
– Je vois... Pourquoi cette tension entre nous ? Je vais me marier avec Ariel, nous ferons partie de la même famille bientôt, vous et moi.
– Vous pensez que vous allez épouser ma sœur ? Sérieusement, restez rationnel, Monsieur Carthwight : cela fait à peine deux mois que vous sortez avec elle !
– Je suis persuadé qu'il y a un truc entre nous. Un truc qu'il ne faut pas négliger. Qui ne voudrait pas épouser quelqu'un comme moi ? Je suis extrêmement charismatique, intelligent, riche héritier, je disposes d'un domaine immense, je suis vice-président d'une grande entreprise... C'est sûr, Ariel acceptera ma demande en mariage ! La bague que je lui ai choisie est unique. Elle appartenait à la reine Victoria. Une bague comme celle-là ne se refuse pas !
Vous êtes surtout le roi de la modestie... pensais-je.
– Vous sous-estimez Ariel, Monsieur Carthwight. Savez-vous qu'elle ambitionne d'épouser un prince ?
Alex Carthwight baissa ses beaux yeux de merlan-frit.
– Ma mère était une duchesse, me confia t-il. Épouser un riche duc ne lui conviendrait-il pas ?
– Que voulez-vous que je vous dises ? Vous n'êtes qu'un nom dans le tableau de chasse d'Ariel. Elle va vous laisser tomber un jour où l'autre. Cette fille, c'est une vraie croqueuse d'hommes.
 J'étais en train de détruire le couple Ariel-Alex. Ariel Carthwight. Ça va trop bien ensemble. Rebecca Bradley, c'est moins bien.
Je ne ressentais aucune culpabilité. Au contraire, je me sentais bien. Depuis que j'étais en age d'avoir un petit ami, Ariel apparaissait et détruisait toutes mes espérances. Elle sortait avec eux pour me signifier qu'elle, elle le pouvait. Moi, non. Et je me retrouvais seule encore une fois. Depuis, je me suis faite la promesse de ne plus jamais aimer de garçons. A quoi bon ? Si les aimer signifiait me les faire piquer et souffrir encore plus que s'ils m'avaient repoussée.
Ariel aimait briser les couples que je commençais à former ; je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. Elle était ma sœur et c'était sa seconde nature. Toutes les fois où elle m'avait fait de la peine, elle s'excusait. C'est vrai elle ne peux pas changer cette habitude et, au final, elle me rendait service : elle m'évitait de sortir avec des crétins qui me tromperaient dès que j'aurais le dos tourné. Ariel n'était pas si mauvaise : moi si. J'étais en train de gâcher ses chances avec le vice-président.
Ne culpabilises pas, Rebecca, susurra une voix dans ma tête. Elle ne saura jamais ce que tu as fait. Ce sera ta petite vengeance.
– Une croqueuse d'hommes ? répéta Alex Carthwight.
– Libre à vous d'essayer. Mais Ariel n'en a jamais assez, insistais-je en sortant de l'ascenseur, talonnée par le vice-président qui se rendait à son bureau, face au mien.
 
*
Il était 19h50. J'avais tellement travaillé que je n'avais pas vu le temps défiler. Je poussais un cri aigu et fouillais dans ma mallette à maquillage blanche de la marque Chanel. J'en sortis un crayon noir et du fard à paupières mauve, sans oublier le rouge-à-lèvres rose pâle Chanel ainsi qu'un crayon à lèvres rose avec du fond de teint beige. Je partis dans la salle-de-bain privée avec mon butin. Et oui, j'avais une salle de bain privée dans mon bureau !
 Quand je fus prête, je jeta un coup d'œil à ma montre offerte à mon seizième anniversaire par mon père : 19h45. Plus que quinze minutes et Ace Bradley viendrait me chercher. Je portais mon tailleur blanc car je n'avais pas eu le temps de me changer. Amber Krugger me demanda ce qu'il se passait en me voyant aussi maquillée.
– Je n'ai pas le temps ! je lui lançais. J'ai rendez-vous avec Ace Bradley dans un quart d'heure et je ne me suis pas changée !! »
 Amber Krugger m'attrapa par le bras. Elle me sourit amicalement et me proposa une robe dos-nu Prada en cachemire bleue. Oh, je m'étais trompée sur son cas : en fait Amber m'aimait bien. Enfin, c'est ce qu'elle m'avait fait croire...
– T'es sûre ? je lui murmurais.
Amber acquiesça alors je retournais dans le bureau.
– Viens me montrer après, m'ordonna Amber.
– OK.
 Cette robe affinait ma taille : j'étais vraiment une déesse vivante, dedans. Ace ne me résisterait pas ! Moi qui avais toujours été modeste, je me faisais des compliments ! Je sortis alors du bureau et demanda à Amber :
– Alors ?
Amber posa son menton entre ses doigts aujourd'hui orange foncé telle une spécialiste en fronçant les sourcils. Elle s'avança et réajusta la ceinture d'or en tresses.
– C'est parfait, furent les seuls mots qu'elle dit avant de me souhaiter bonne chance. Je souris en  opinant et sortit mon portable afin de vérifier l'heure. Il me restait quelques minutes avant la venue d'Ace.
– J'ai oublié quelque chose, me dit Amber.
Elle fouilla dans son cabas Lancel, un joli sac couleur pêche avec une fermeture en or et un porte-clé « Paris » et en sortit du parfum.
– J'adore, de Dior ! présenta t-elle en m'aspergeant de la tête aux bout des talons.
– C'est trop ! je m'exclamais.
– On n'a jamais trop de parfum de marque, répondit Amber.
On entendit un sifflement. C'était Alex Carthwight qui sortait de son bureau.
– Sublime, commenta t-il.
Où as-tu laissé ton arrogance, Alex Carthwight ? je me dis en fronçant les sourcils. Il eut l'air de comprendre mon étonnement.
– Enfin, la robe est sublime, se rattrapa t-il. Je n'en dirais pas autant de celle qui la porte.
Il s'avança vers l'ascenseur en haussant les épaules.
Amber avait un sourire de béatitude.
– Arrête, lui intimais-je.
– Il est canon, murmura t-elle.

– Il risque de t'entendre, je lui chuchotais.
– Il s'interresse à toi, me dit Amber en m'ignorant. Savais-tu que sa mère était une duchesse ? Tu imagines ? Tu serais la duchesse Rebecca Carthwight ! Ça en jette !
– Amber... Il sort avec ma soeur.
– Et alors ? Toi aussi, tu es jolie. Toi, tu es P-D.G. Elle, non. Sans vouloir offenser ta sœur, elle ressemble à une salope.
– Quand on passe par ma sœur, on en oublies les autres filles. On ne penses qu'à elle. Je n'ai aucune chance avec Alex. Et je te rappelles que j'ai rendez-vous avec Ace !
– Tu mérites mieux que lui... insista Amber. Alex n'est pas comme les autres. Je suis persuadée que tu pourrais parvenir à le faire oublier ta sœur.
Je m'apprêtais à lui répondre quand l'ascenseur s'ouvrit. Ace Bradley en sortit. Il avait les cheveux plaqués sur la tête et portait un costume noir sur-mesure avec un nœud-papillon rouge carmin. Ses chaussures étaient noires aussi, en cuir et bien cirées. Je me demandais s'il avait loué la tenue ou non car elle avait l'air assez chère pour un cadre tel Ace.
Dans ses mains, il y avait un bouquet de roses rouges avec une étiquette “Pour Rebecca”. C'était adorable ! Jamais un homme ne m'avait offert un intérêt si particulier. En même temps, depuis que je suis petite, on m'avait toujours comparée à Ariel. Elle monopolisait toute l'attention. En même temps, elle avait tous les mérites. Le tableau d'honneur du lycée était rempli par son nom : Reine des Pom-Pom Girls et même Capitaine pendant sa dernière année, Présidente du conseil des élèves, meilleure de sa promotion, record de buts marqués dans l'équipe féminine de basket... « Tu iras loin, ma fille » lui avait dit notre mère. Père se contentait de la féliciter. Il avait une préférence pour moi (je pense que c'est pour ça qu'il m'a choisie) et mère avait toujours préféré Ariel...
 Revenons au présent : Ace était beau comme un dieu. Il souriait. C'était le plus beau sourire du monde. Je m'efforçais de lui rendre un sourire aussi significatif mais en voyant mon reflet dans la baie-vitrée, je vis à quel point j'avais l'air ridicule. J'étais serrée dans ma robe moulante et je m'efforçais de me tenir droite. J'essayais de me rappeler ce que me disait Eden Jones. Enfin ce qu'elle lisait dans les Cosmopolitain et m'obligeait à faire à ses rendez-vous organisés. Elle s'acharnait, corps et âme à essayer de me trouver un copain. Il faut que je me remémores l'article du Cosmo.
Épaules en arrière, ventre rentré et fesses serrées : je ressemblais vraiment à un pingouin. Et encore, les pingouins sont mignons...
 Il y a avait un mois à peine, Ariel me sermonnait sur le fait que je n'avais pas encore de petit ami, et là... Là, je m'apprêtais à passer la soirée avec le plus beau garçon de la terre ! Ariel allait être tellement jalouse quand elle verra ma dans les bras d'un tel homme ! Car Ariel allait se marier avec un beau jeune homme, Cooper Bright. Il avait deux ans de plus qu'elle et son père était P.D-G  d'une multinationale de crème de douche pour peaux sensibles. De plus, il était riche comme Crésus ! Problèmes : premièrement, il n'était pas « royal » comme le voulait Ariel. Secundo, il s'est rendu compte pendant leur relation qu'il aimait les hommes.
Ariel avait été inconsolable jusqu’à qu'elle rencontre Brian Fox, un acteur qui gagnait sa vie moins bien que celle de Cooper. Mais elle s'en contentait ! Lui, au moins, il était hétéro. Ariel l'avait chassé car il appréciait Rebecca ; et Ariel ne tolérait pas qu'on me préfère à elle. C'était d'ailleurs la première fois que je plaisais à un garçon plus que ma sœur. Ça aurait pu être ma chance d'avoir un copain sans me le faire piquer par Ariel mais je ne l'ai pas prise. Tant pis pour ma gueule.
Surtout, me dis-je, ma nouvelle relation doit rester discrète. Manquerait plus qu'Ariel couche avec Ace pour rompre notre couple.


Chapitre 6

– Elle n'est pas géniale, mais la fille qui va rentrer dedans l'est ! ai-je dit à Rebecca en ouvrant la portière de ma Citroën  verte.
– Oh ! s'exlama Rebecca en rougissant.
J'avais réussi à avoir rendez-vous avec La fille qui ressemble à Emily. Et quelle fille ! Elle était magnifique dans sa robe dos-nu ! Cette couleur jaune or allait si bien avec sa chevelure cuivrée. Elle n'avait pas abusé de bijoux, non plus. Juste une paire de boucles d'oreilles en or. Très bons goûts. Ça ne m'étonnais pas, venant d'une riche jeune femme sœur d'Ariel Evans qui remplissait une page chaque semaine dans les magazines People que lisait Madison.
J'avais bien préparé le coup. Pour un rendez-vous avec la fille d'Adam Evans, il fallait quelque chose d'à la fois chic et pas trop extravagant.
Nous mangeâmes donc dans un restaurant chic près de Central Park. Le repas était délicieux même si Rebecca s'était efforcée de prendre les plats les moins chers pour m'éviter une addition trop lourde. Sauf si elle les avait pris tout simplement car elle les aimait. Pas grave. Au moins, le prix du repas restera dans mon budget.
– Ce tiramisu est exquis, me dit-elle en buvant une gorgée du vin, un Château Guiraud Sauternes 2009.
Très bon goût. J'ai découvert ce soir-là que Rebecca s'y connaissait en œnologie. Elle me parla pendant près d'une demi-heure de tous les vins qu'elle trouvait bons et qu'il fallait que j'essaye. Des vins à trois mille dollars la bouteille.
À part la parenthèse œnologie, nous parlâmes beaucoup. Nos goûts musicaux se ressemblaient beaucoup. Comme moi, elle aimait écouter du Beethoven en rentrant du boulot pour décompresser. Elle aimait aussi les classiques du Rock. Des Rollings Stones aux Guns n' Roses, le rock n'avait aucun secret pour elle.
Quand je lui demandais de me parler de sa vie, elle pinça les lèvres comme si c'était douloureux et m'expliquais que sa mère la détestait, qu'elle subissait la pression de sa sœur  mais à part ça, tout allait bien. Au moins, sa mère était encore vivante.
Puis elle insista pour que je racontes ma vie, moi aussi. Je n'avais pas très envie de me confier. Finalement, je lui fis une petite biographie de moi-même.
– Je suis né dans le Massachusetts, j'ai fait mes études à l'université de Lesley à Boston. Mon père est mort quand j'avais neuf ans. Il travaillait dans une mine et il y a eu un coup de grisou.
– Ça nous fait un point commun ! me coupa Rebecca en rigolant.
On ne rigole pas sur la mort de nos paternels. Je lui souris légèrement et, à son regard, je compris qu'elle s'en voulait d'avoir blagué sur ça...
– Continue, s'il-te-plaît, me demanda t-elle.
– Depuis, ma mère s'est mise à boire et est tombée dans un profond coma quatre ans plus tard. Ma sœur aînée l'a débranchée. J'avais treize ans et j'étais déjà orphelin. Ma sœur a récupéré le mince héritage de nos grands-parents. En un an, il ne restait plus rien. Elle s'est endettée par la suite. Sans me demander mon avis, elle a vendu la propriété familiale. De toute façon, qui demanderait l'avis d'un gosse de treize ans ?
 Rebecca hocha la tête et me fit signe de continuer.
– Alors on m'enleva de la responsabilité de ma sœur, jugée irresponsable et j'ai été placé dans une famille d'accueil. Afin de financer mes études,  j'avais quand même sauvé une part de l'héritage. Quand je sortis de Lesley, ma sœur s'était plongée dans l'alcool et la drogue. Elle a fait une cure de désintoxication avant de disparaître dans la nature. Mais elle est revenue s'occuper de moi quand je déménagea à New York. Elle était partie quelques années plus tôt car elle avait suivit son petit ami. Mais il l'avait abandonnée : elle n'avait plus rien. J'ai réussi à lui pardonner et mon métier de cadre me permettais de m'occuper d'elle et de moi. En contrepartie, elle faisait le ménage, les courses et la cuisine...
 Je m'attendais à ce que Rebecca me disent « Je compatis... » ou « Je suis désolée ». Je déteste quand on me dit ça. Elle ne dit rien. Elle continuait à boire son vin mais hochais la tête pour me montrer qu'elle m'avait écouté.
Puis elle posa la coupe et me sourit. J'ai pensé que c'était LE moment ! J'avançais alors ma main vers elle. Et là, je donnais un petit coup dans sa coupe, encore remplie à moitié. Elle tangua doucement ; il ne l'avait pas vu et me caressa les doigts. La coupe se renversa sur la robe en or.

Chapitre 7
Enfermée dans les toilettes du restaurant, je pleurais. La robe d'Amber était parsemée de taches rouges. Et le vin ne partirait pas au lavage.
Oh, mais quel maladroit cet Ace ! Il avait eu l'air troublé en me racontant dans quelles circonstances il avait perdu ses parents. Mais, bon sang, pourquoi a t-il fait tombé du vin sur la robe ?!
Je relevais la tête et me regardais dans le miroir. Je me sentis mal. Très mal. Alors je courus vomir mon repas dans les toilettes. OK. Résumé de la soirée : un repas en tête à tête dans un restaurant huppé avec l'homme de ma vie (premier point). Ça ne s'annonçait pas mal. Mais une robe à huit mille dollars tachée par l'homme de ma vie qui s'avère maladroit (second point). Devais-je me réjouir du premier point ou me lamenter du second ? Pendant que je pleurais de mes malheurs, la porte s'ouvrit. Ah, j'avais oublié de fermer à clefs. Ace me regarda comme s'il avait pitié. S'il vient s'excuser, ça commence mal, je me dis en essuyant mes larmes.
 Il s'avança vers moi en écartant les bras pour m'entourer. Je m'extirpais rapidement puis il me murmura :
– Je suis vraiment désolé. Pardonne-moi.
– Je m'assois sur tes excuses, je lui dit en croisant les bras avec une moue sensuelle (Référence : le Cosmo d'Eden).
– Vraiment, Rebecca, je m'en veux tellement. Je me sens mal, j'ai l'impression d'être un vrai imbécile. Si je peux faire quelque chose... Je peux emmener ta robe au pressing...
Mais tu es un vrai imbécile ! Je réfléchis avant de choisir mes mots :
– Si c'était aussi simple, je l'aurais fait. Sais-tu seulement le prix de cette robe ? Pour toi, elle vaut deux mois et demi de salaire.
– Je serais ton esclave toute ma vie pour la rembourser. Crois-moi, je suis vraiment vraiment désolé, répéta t-il.
– Tu sais où tu peux te les mettre tes excuses.
– Rebecca !
– Tu n'es qu'un orphelin. Ton enfance a été désastreuse. Tellement désastreuse qu'elle ressemble a un mensonge afin de m'amadouer. Tu ne pensais tout de même pas que tu allais gagner mon cœur comme ça ? J'ai fait des recherches sur toi avant de venir. En vérité, tu as eu une vie agréable, adulé par des parents pasteurs toujours en vie et une sœur qui te trouvent « merveilleux ». Sors de là, tu n'as rien a faire dans les toilettes des filles.
– Que... protesta t-il en ouvrant la bouche.
Raté, beau gosse.
– Dehors ! lui ordonnais-je, bouillonnante de rage. Sors avant que je ne m'énerve plus ! 
– Rebecca... Écoute...
– JE NE VEUX PAS T'ÉCOUTER ! Je n'aime pas les menteurs ! Sors ! Tout de suite.
 A ce moment là, il se jeta sur moi, et m'embrassa. Choquée, je me laissais faire. En fait, son baiser était doux même s'il m'avait prise de cours. Il m'étrenna amoureusement, puis il me lâcha afin que je reprenne mon souffle. Et là, comme l'idiote que je suis, je hurlais à pleins poumons :
– AU VIOL !!


Chapitre 8

– Alors, comme vous dîtes, c'est un malentendu.
– Oui, monsieur le directeur. Parfaitement, répondit Rebecca au responsable du restaurant.
– Vous avez hurlé dans les toilettes de mon restaurant sur cet homme en disant qu'il vous violait et c'est un malentendu ?
 Le directeur était moche. Il avait une moustache grises et une peau blanche qui faisait ressortir des veines bleues lui donnant un air d'ogre adepte de chair fraîche. Je n'aimait pas sa façon de parler à ma Rebecca.
– Cet homme est mon fiancé, se justifia t-elle. Nous allons nous marier alors je ne vois pas pourquoi j'aurais dit qu'il me violait.
Oh oh ! Minute-papillon ! Nous allons nous marier ? Première nouvelle !
– Vous avez dû mal entendre, répéta t-elle. Autant que je suis Rebecca Evans, il ne me violait pas. Oui, parfaitement, ajouta t-elle peut-être pour appuyer ses propos mais je trouvais ça un peu stupide de le dire plusieurs fois.
– Rebecca Evans, hein ? Le nouveau boss de BeautyPolis. Je vois. J'ai deux questions, miss Evans. Qu'avez-vous crié et que faisait cet homme dans les toilettes féminines ? demanda le gros directeur avec un sourire narquois.
 Décidément, ce vieux schnoc ne me plaisait pas ! Je croisais les bras en regardant le directeur dans les yeux d'un air de défi. Rebecca se retourna vers moi avec un regard désespéré comme pour me demander de l'aide.
Démerde-toi, eu-je envie de lui dire mais je m’abstins.
– Je disais... « La viande , dit-elle alors.
– Vous criiez « La viande » ?
 « La viande » ? Quelle drôle d'idée !
– Oui, monsieur. Tout à fait, continua Rebecca avec assurance. J'ai laissé cuire de la viande chez moi et j'ai oublié de l'enlever du feu.
– Et vous avez crié comme ça pour de la  viande ?
– Oui, monsieur. Parfaitement, répéta Rebecca. Du Bœuf de Kobé. C'est de la viande japonaise. La meilleure du monde... et aussi la plus chère. C'est pour ça que je paniquais.
– Arrêtez avec vos « Oui, monsieur. Parfaitement ». C'est ridicule, dit le directeur d'un air supérieur. Vous m'énervez avec vos manières d'aristocrate. On peut trouver un arrangement.
– Vous voulez de l'argent ? proposa Rebecca.
 Tu vas trop loin, gros bouffon. J'ouvris la bouche pour la première fois de l'entretien :
– Monsieur le directeur. Ce n'est pas interdit de crier. Vous n'avez pas le droit d'obliger ma... fiancée à vous payer pour ça. Elle pourrait vous traîner en justice. Nous n'avons plus rien à faire ici. Adieu et j'espère ne plus jamais vous recroiser.
 Je m'avançais vers Rebecca, lui dit de venir en la prenant par la main et l'entraîna hors du bureau. Quand nous sortîmes, le directeur hurla :
– Vous ne vous en sortirez pas comme ça !
  C'est ça.
*

 Rebecca me remercia de cette soirée romantique raté ce qui me fit rire. Puis je me renfrognais tout de suite après.
– Tu penses que je t'ai menti ? lui ai-je dis.
Non non, Rebecca. Je me rappelles notre dispute. Je me rappelles ce que tu m'as dit. Ne penses pas que l'entrevue avec le bouffon qui se prétend directeur t'as permis de me faire oublier.
– C'est quoi cette histoire ? Pourquoi as-tu dit que nous étions fiancés ? lui dis-je.
–  Tu n'as pas envie d'être marié avec une jolie héritière, me demanda Rebecca en souriat, sûrement grisée par l'alcool.
– Qu'est-ce que tu racontes ? Tu me traites de menteur et tu dis ensuite que nous sommes fiancés ! Crois-tu que je sois assez mauvais pour mentir sur mon passé ?
– Ne commence pas !
– Tu ne veux pas voir la vérité en face ! Ce que tu as lu sur moi était faux ! J'ai menti sur ma vie passée afin de me faire engager ! Tu ne me fais donc pas confiance pour fouiner dans les dossiers de tes employés.
– J'ai accès à tous les dossiers de mes employés, justement. Je n'ai pas besoin de « fouiner ».
– Tu n'avais pas confiance en moi mais moi si. Je me suis livrée à toi, je t'ai raconté toute ma vie. Tu sais tout sur moi. Et maintenant, tu vas aussi savoir que je suis très rancunier. Adieu, Rebecca.
Je fis un demi-tour et me dirigeais vers le parking, le dos courbé, les mains croisées derrière le dos.
– Tu ne peux pas m'éviter ! hurla Rebecca. Nous travaillons au même endroit et c'est mauvais pour toi de te mettre ta chef à dos !
Ne réagis pas, Ace. Ignores-la, elle ne mérite pas que tu lui répondes.
– Tu vas me rembourser cette robe ! Huit mille six cent dollars net, pauvre imbécile, continua t-elle.
– C'est ça, je lui lançais sans me retourner. Bonne fin de vie, honey.
 Je montais dans ma Citroën pourrie afin de rentrer chez moi. Dans un petit appartement où je serais tout seul. Ah non, il y avait Madison qui m’attendait sagement et me demanderait où j'étais quand je rentrerais. Comme une vraie maman inquiète de ne pas voir son rejeton renter chez lui.


Chapitre 9
 
Oh, Ace, comment as-tu pu me faire une chose pareille. C'est toi qui m'as dégeulassé ma robe. C'est toi qui m'as menti. Et tu oses me détruire en partant comme ça, sans aucune réaction quand j'essaye de te comprendre.
Qui es-tu Ace ? Pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi me mens-tu pour m'avoir ? Tu n'as pas besoin de ça. Rien qu'avec ton regard, tu brûles mon cœur alors pourquoi me mens-tu ?Connardconnardconnard. Je te hais, ne reviens plus dans ma vie.
 En larmes, je partis en direction d'un magasin Prada. Il y en avait un près de Central Park. Il était encore ouvert à 22h00 alors je m'engouffrais dedans. Il était vide, c'était parfait. Une vendeuse vînt à ma rencontre.
– Bonjour, mademoiselle. Je peux vous aider ?
– Je cherche une robe comme ça, lui dis-je en ouvrant mon manteau qui cachait la tache.
La jolie vendeuse fît la moue.
– Elle est à plus de huit mille dollars... Vous n'avez pas essayé de l'emmener au pressing ?
–  Je ne suis pas venue pour que vous me fassiez la morale : le vin ne part pas au lavage. Et de toute façon, l'eau de javel la décolorerait.
– Quelle taille ?
– Du 36, répondis-je en sortant ma carte bleue.
Elle m'en apporta une toute neuve et me proposa des bijoux qui « irait bien avec mon teint pâle ».
– Vous croyez pouvoir me vendre ça en me disant que j'ai un teint pâle ? manquais-je de m'étrangler.
– Non, votre teint est parfait, se rattrapa t-elle.
 Elle n'essaya pas de me refiler autre chose et m'emmena à la caisse pour payer. Elle fut plus aimable quand je passais ma carte bleue dans sa machine en me proposant des échantillons de parfums et me souhaitant une bonne soirée. Décidément, les vendeuses sont des vraies faux-culs.
 Au dernier moment, j'attrapais une tunique fleurie et des treggings noirs afin de me changer. Je les mis directement dans la cabine d'essayage et jetais la robe tachée dans une poubelle.

 Le taxi me déposa à BeautyPolis une demi-heure plus tard. Je passais la carte magnétique dans la machine de l'ascenseur et montais afin de rendre la robe à Amber. Bizarrement, l'ascenseur ne s'arrêta pas au trentième étage, mais au quinzième. Je ne m'en étais pas rendue compte et sortis. Puis en avançant dans les couloirs, je remarquais qu'ils étaient plus étroits... Je m'apprêtais à retourner dans l'ascenseur quand j'entendis au coin du couloir :
– Tu lui as prêté ta robe Prada ? Mais pourquoi, Amber ?
Je fronçais mes sourcils, épilés par Ariel afin de  donner un air sévère. Était-ce Amber Krugger, la secrétaire aux yeux violets ?
– Oui, dit la voix d'Amber afin de confirmer mes doutes. De toute façon, c'est une fausse, alors...
– Une fausse ! Et alors ? Elle est comme une vraie : somptueuse. Comment veux-tu qu'Ace ne résiste pas à une beauté pareille ? Tu ne veux même pas me la prêter à moi, et à cette fille, si ! Ce n'est même pas ton amie !
– C'est quand même la Présidente de l'entreprise, Megan. Ensuite, hors de BeautyPolis, je ne l'aime  pas vraiment. Enfin, je ne peux pas dire ça, je ne la connais pas assez.
– Elle est peste et essaye de se faire une place mais n'y arrive pas. C'est ce que je penses, murmura l'autre.
 Alors Amber ne m'aimait pas ?
– En plus, elle essaye d'être jolie en sortant avec Ace Bradley mais il a pitié d'elle et veut juste se taper la fille d'Adam Evans ! couina  l'autre fille.
– Je sais, Meg. Technique du beau gosse, comme on appelait ça au lycée : on drague la patronne et on lui pique la place du chef, expliqua Amber.
– C'est le but d'Ace, ça se voit, dit Meg au bord des larmes.
– D'ailleurs, chapeau, le Ace ! Il se débrouille bien ! ajouta Amber.
– Je ne comprends pas... Ce n'est pas son genre et puis Ace est célibataire depuis qu'on est sortis de l'université ! Sa copine était tombée de la cage d'ascenseur mais elle a survécu et est restée paralysée et amnésique. Il n'a pas supporté qu'elle l'oublie alors il a voulu faire un break. Comment peut-il encore sortir avec quelqu'un après ce drame ? répondit la fille.
– Oui oui, je connais l'histoire... Elle est tombée ? Dis plutôt qu'elle a été poussée. Que tu l'as poussée.
– Elle m'a volé Ace. Je la haïssais. Elle était belle, gentille, intelligente, elle était la First Lady de l'université et sortait avec le plus mignon président que les étudiants n'ai jamais eu. Elle avait tout pour elle. Mais je n'étais pas la seule à la haïr. Toutes les prétendantes d'Ace lui en voulait à mort.
– Et que vas-tu faire ? Tu vas assassiner Rebecca Evans ?
Mais qui était cette Meg ? J'entendis le rire d'Amber, celui que j'avais l'habitude d'entendre quand elle était avec moi.
– Je déteste cette fille, grogna Meg. Elle aussi, elle m'a volé Ace. »
J'en avais assez entendu. Je tournais les talons pour retourner dans l'ascenseur, passais ma carte dans la fente et montais au bureau. Quand j'arrivais, je pris un post-it jaune sur le bureau d'Amber et écris : “Voila ta robe, merci de me l'avoir prêtée. Reb.”
Ce fut la seule chose que j'eus écrit. Puis je collais le post-it sur le sac contenant la robe et le posa sur la chaise d'Amber avant de rentrer chez moi...
 

Chapitre 10
--Ace ? Te voilà enfin ! Je t'ai cherché partout, où étais-tu ? me demanda Madison d'un ton affolé. J'ai téléphoné à BeautyMachin, Germany m'a dit que tu étais partit il y a deux heures ! J'étais folle d'inquiétude !
– Oh, Madison, je suis un grand garçon, maintenant. Pas besoin de t'inquiéter pour moi, je ripostais.
– Si je m'inquiète pour toi ! Tu es ma seule famille ! Je te demande juste de me dire où tu vas quand tu sors tard.
– Tard ? Il est vingt-trois heures, Madison.
– Bon. C'est vrai, je ne devrais pas te dire ça comme ça. Mais je m'inquiètes beaucoup pour toi. Au fait, je crois que Germany a ton âge. Elle ferait une bonne épouse !
– Germany ?
– Oui, enfin : ta secrétaire.
– Pitié, Madison ! C'est mon assistante !
– C'est pareil !
– Je ne veux pas épouser mon assistante. Brittany est ma meilleure amie.
– Fais pas le rabat-joie, Ace ! Je ne te parlais pas de l'épouser, là. Tu ne connais pas le sex friends ?
– Non, non et non ! C'est hors de question.
– Et pourquoi, Monsieur Rabat-Joie ?
– Parce que... parce que... Brittany n'aime pas les hommes.
– Oh, tu veux dire que... commença Madison en comprenant.
– Qu'elle est... enfin tu vois ! terminais-je pour elle sans oser dire le petit mot qui définissait l'orientation de Britney.
– Je vois, répéta t-elle en se levant. Dis-moi ce qui te tracasse.
– Ce qui me tracasse ?
– Qu'as-tu fais cette nuit pour être aussi malheureux ?
– J'étais chez un ami, j'ai un peu bu, mentis-je.
– Je suis ta sœur, je te connais trop bien pour savoir si tu dis la vérité.
Elle attendit ma réponse en croisant les bras.
– J'étais avec une fille.
Son visage s'illumina.
– Une collègue de BeautyPolis, bien sûr, ajoutais-je.
– Ne fais pas le malin.
– J'étais avec la femme que j'aime mais j'ai tout gâché. Maintenant, elle me hait et ne veut plus entendre parler de moi.
– Comment le sais-tu ? Elle te la dit ?
Je levais mes yeux vers ceux de Madison. Les siens étaient bleus foncés, presque noirs, les miens étaient tout l'inverse : d'un blond ciel si pur que les amies de Madison me comparaient à un ange quand elles étaient au collège et moi au primaire...
– Non. Mais je déduis cela de sa réaction.
– Qu'est ce que tu lui a dit ?
– J'ai... renversé du vin sur une robe de la moitié du prix d'une voiture.
– Une voiture ? Il ne faut pas exagérer !
– Non, une demi-voiture.
Elle secoua la main comme pour chasser une mouche (ce TIC d'exaspération, elle l'avait depuis toujours).
– Et elle a fait tout un drame pour ça ? Cette fille ne te mérite pas : elle est arrogante et orgueilleuse.
– C'est la même chose.
– Oh, arrête un peu ! Elle ne te mérite pas. D'ailleurs, qui est-elle pour se prendre pour une princesse ?

Chapitre 11

Le lendemain, Amber me dit bonjour comme si de rien n'était. J'entrais directement dans mon bureau et ne lui demandais pas de café décaféiné comme je le faisais tous les autres matins. Quand je m'installais à mon bureau prête à recevoir les rendez-vous de la journée, Amber entra sans même toquer.
– Alôôrs ? demanda t-elle d'une vois stridente. Raconte !
– Il n'y a rien a raconter, je lui dis sèchement.
– Bah voyons ! Tu as passé la soirée avec Mister Tablettes de Chocolat et tu vas me faire croire qu'il n'y a rien à raconter ? Craches le morceau, Reb !
– Bah voyons ! Mister Tablette de Chocolat !
– C'est comme ça que nous l'avons élu, nous, le Syndicat des Secrétaires de BeautyPolis.
– Il y a un Syndicat pour les secrétaires?!
– Oui, me répondit Amber fièrement. J'en suis la créatrice et dirigeante.
– Et vous n'avez que ça à faire de votre temps libre ?
– Avoue que Ace a six bonnes raisons de plaire.
– Oh, mais arrête ! Je n'ai jamais vu les potentielles « tablettes de chocolat » d'Ace !
– Regarde, m'ordonna t-elle en sortant une photo du porte-document posé à côté de son ordinateur portable.
Sur la photo, on voyait un beau blond musclé à la plage en short de bain. Il tenait un surf de la main droite et arborait un sourire ultra-bright.
– Alors, tu vois les six bonnes raisons d'Ace pour qu'il soit élu Mister Tablettes de Chocolat ? me demanda Amber en se pinçant les lèvres avec les dents du haut (effet de la photo, je supposes). Il est beau, hein ! Sinon, pour Mister Chic, le SSB a choisi Alex Carthwight. Je me pâme en voyant notre séduisant vice-président !
 J'arrachais la photo des mains d'Amber et l’insérais dans le broyeur qui coupa la photo en douze bandes.
Amber me regarda d'un air étonné.
– C'est pas grave, me dit-elle. J'en ai en dix exemplaires plus l'original. Et avec le Syndicat, on s'est amusé à écrire un article sur lui dans un faux Closer.
Humpf... N'importe quoi ! Elle a décidé de me faire chier !
– Bon, tu me racontes ta soirée avec Ace alias Mister TC ?
– Tu es ma secrétaire : ce n'est pas à toi que je vais raconter ma vie. J'ai des amis pour ça. Des vrais.
 Bien que ce soit un mensonge, je voulais blesser Amber. Lui rendre la monnaie de sa pièce. A cet instant, Eden Jones me manqua. Depuis ma nomination à ce nouveau poste, j'étais débordée. Je ne lui avais pas accordé beaucoup de temps. Il faudra que je l'appelle, un de ces quatre...  
 Les yeux d'Amber s'ouvrèrent deux fois plus qu'a l'ordinaire. Puis, au lieu de s'énerver elle proposa gentiment :
– Tu veux un déca ?
– Mais j'en veux pas de ton foutu déca !
 Elle recula d'un pas en tremblant un peu. Je devais faire peur avec mes yeux cernés et ma peau blanche donnait l'impression que je n'avais jamais pris le soleil. Mon absence de fard à paupière me donnait un air fatigué. Je n'avais pas non plus mis de blush ni de rouge-à-lèvre et mon vernis était écaillé par endroits.
– Reb ? se risqua Amber. Qu'est ce qu'il y a ? Oh mon Dieu ! C'est Ace qui t'a fait du mal ! Ce mec est mauvais pour toi, Reb ! Beau mais mauvais. Oui, madame. Parfaitement, ajouta t-elle avec le même ton que moi quand je disais cela.
Amber appuya ses propos en disant “oui” de la tête.
Mais quel culot ! Amber essayait de m'éloigner d'Ace. Ça n'allait pas se passer comme ça !
– Arrête de m'imiter ! Ace m'a fait du mal ? Mais comment peux-tu dire ça ?  Je t'ai entendue, hier soir. Je sais que tu ne m'aimes pas. J'avais de l'estime en toi, je pensais que nous étions amies mais je m'étais trompée. Tu n'es pas mon amie, Amber, et tu ne seras jamais mon amie.
 Je vis à ces yeux qu'elle était on ne peut plus vexée. Elle eut le même regard déçu que ma mère.
– Tu m'as entendue, hier ? Tu m'espionnes, Rebecca ? Alors, as-tu remarqué que je n'avais rien du de méchant sur toi ?
– Dehors, j'ordonnais avec un geste de la main odieux pour lui faire signe de sortir.
– Je ne suis pas votre chien, Madame. Je suis votre secrétaire. Je suis un être humain et ce n'est pas parce que vous êtes ma supérieure, qui plus est la directrice de l'entreprise où je travaille, que vous avez le droit de me parler de la sorte. Je suis libre et j'ai le droit de ne pas vous considérer comme mon amie. Nous ne sommes que des collègues de travail malgré les différences de classe sociale et de niveau. J'ai fait un effort pour vous plaire mais vous prenez mal ce que je fais. Vous m'espionnez, mais ça encore, les amies peuvent fermer les yeux. Vous auriez dû m'en parler quand vous m'aviez entendu parler de vous. Il faut savoir parler entre amis : vous n'avez pas su le faire et je ne peux pas le faire pour vous. Je retourne à mon bureau, vous voyez, j'ai du travail : je ne suis pas obligée de vous apporter votre café, je fais ça par amitié. Enfin, je faisais ça par amitié.


Chapitre 12
J'ai de la chance d'avoir une grande sœur pour s'occuper de moi. Ce n'est pas une mère, mais c'est tout comme. Elle est un peu chiante avec ses allusions sexuelles mais je l'aime comme elle est.
 Rebecca... Je l'aime mais en même temps je la déteste. Drôle de relation, mais c'est comme ça. Je me suis intéressé à elle, au début car elle était une nouvelle Emily mais au fil du temps, j'ai appris à l'aimer pour sa personnalité différente de celle d'Emily.
 Il y a trop de femmes dans ma vie. Entre Emily que je ne parvenais pas à oublier et Rebecca qui me déteste. Entre Brittany, une super-amie réservée aux filles et Madison qui se prend pour la mère que je n'ai pas eue. Et enfin, côté professionnel, je suis entouré de femmes.
 Mais parmi toutes ces femmes, une seule reste. Un seul visage me hante. Rebecca.
 Elle m'a permis d'oublier Emily. Dix ans que je erres dans ma prison intérieure. Rebecca est arrivée et elle m'en a libérée. Mon amour pour elle parviendra t-il à l'emporter sur la haine que je ressens ?
 Quelque chose de doux me fit sursauter. C'était Loulou qui quémandait des caresses.
– Toi aussi, tu as besoin d'amour hein ?
 Et Loulou sauta sur mes genoux. Il pétrit mon ventre de ses petites pattes en ronronnant comme un moteur.
 Loulou, six mois. Mon petit chat. Petit et goinfre. Ce n'est qu'un chat mais je l'aime. Je peux pardonner ses erreurs de chaton. Les fois où il vole dans la cuisine, les fois où il casse des vases... Ce n'est pas grave. Quand on aime on peut à pardonner.
Il faut que je penses pareil pour Rebecca. Lui pardonner ce qu'elle a fait.
Mais qu'a t-elle fait de mal au juste ?
 C'est moi qui lui ai sali sa robe. Elle ne m'a juste pas cru quand je lui ai raconté mon passé – et elle a le droit de ne pas me croire. Qu'a t-elle fait qui puisse me troubler à ce point ?
 Elle ma rejeté. Elle a le droit de me rejeter. Elle a le doit de me voler mon cœur et ne laisser une tache indélébile en moi.
Mais moi, je n'ai pas le droit d'être égoïste comma ça. Si on y réfléchit bien, tout est de ma faute.
– Ace ? Tu dois aller travailler dans une demi-heure. Je t'ai mis une capsule de café dans la machine. Ace ? Tu es réveillé ?
 Je levais les yeux vers Madison. Elle tenait une tasse de thé d'une main, et le Closer de l'autre. Comment peut-elle lire des choses pareilles ?
– Tant mieux, ajouta t-elle. Je dois te montrer quelque chose.
Elle s'avança vers moi, s'installa sur mon lit où je ruminais mes pensées quelques minutes plus tôt et ouvrit le Closer.
– Qu'est ce qu'il y a ? m'informais-je.
Elle ne répondit pas. Elle avait l'air de chercher une page précise. Puis quand elle trouva, elle me montra la photo, qui prenait une page entière.
Médusé, j'observais la photo.
On y voyait un beau blond musclé à la plage en short de bain. Il tenait un surf de la main droite et arborait un sourire ultra-bright.
– Mais mais... bégayais-je. C'est moi !
Madison opina et me montra le gros titre.
Vacances Hot pour Ace Bradley !
– Que fais-tu dans ce type de magazine ? me demanda Madison.
– Je ne sais pas... Je ne comprends pas. Cette photo a été prise lors de mes vacances en Californie, l'année dernière.
– Ça n'explique rien, me lança Madison avec un geste de la main comme si elle chassait une mouche.
– Où as-tu eu ce magazine ?
– Mon amie Savannah me la prêté. Mais ce n'est pas ça là la question. Tu n'es pas une célébrité alors que fais-tu en couverture du Closer avec quatre pages consacrées à ton été sur la côte Ouest ? Que me caches-tu ?
– Tout simplement parce que ce magazine est un faux, répondit une voix féminine inconnue.
Madison et moi nous retournâmes. Une femme aux cheveux châtains en tenue de sport se tenait devant le portail.
– Savannah ? demanda Madison. Que fais-tu là ?
– J'ai reçu le Closer. Le vrai. Je ne sais pas qui a mis celui-là dans ma boîte à lettres, dit-elle en montrant l'exemplaire que je tenais entre les mains.
– Bonne question, répondit Madison.
– « Le charmant Ace Bradley a passé son été au côté de Lindsay Lohan à Beverly Hills », je lis à haute voix. Lindsay Lohan ! Je ne l'ai jamais rencontrée ! Qui s'est amusé à écrire ces inepties ?!
– Je n'en sais trop rien, me dit Savannah. Tu es le frère de Madison, c'est ça ? Je me demandes qui s'amuse à faire des articles sur toi. Tu n'aurais pas des fans par hasard ?
– Oui, bien sûr, répondit Madison à ma place. On va te laisser, Savannah. Merci d'être passée...
– Tu me chasses de chez toi ?! s'exclama la copine de ma sœur.
– Non, je te congédies, lui dit Madison.


Chapitre 13
Le soir, j'arrivais plus tard que d'habitude à la maison. Je rentrais en claquant les portes alors, ma mère comprit tout de suite que sa fille n'allait pas bien. Je ne voulais pas lui répondre puis au bout d'un moment je lui racontais tout. Je lui dis pour la dispute avec Amber, les filles qui parlaient derrière mon dos, et je parlais même de ma rencontre avec Ace Bradley et notre soirée qui s'est avérée être un fiasco... Elle écoutait en acquiesçant et par onomatopées, tout en sirotant sa limonade. A la fin de ma longue tirade, elle me dit :
– Je vais te donner un conseil, mon cœur. Je pense que tu devrais t'arrêter là... C'est trop compliqué pour toi, de diriger ta vie au travail en même temps que ta vie sentimentale, et que ta vie amicale. Tu es trop surpassée, tu devrais donner la gestion de l'entreprise à Michael. Parce que ces gens-là ne t'aiment pas. Amber parle dans ton dos, c'est une mauvaise fille, je le savais qu'elle était mauvaise. Tout le temps à draguer ton père ! Et tu as bien vu, ta semaine a été très laborieuse, tu étais toujours à courir dans tous les sens entre tes rendez-vous de présidente et les soirées avec Adrian... non Akon... enfin bref ! Cet homme qui a au moins dix ans de plus que toi ! Ça ne rime à rien, tu perds ton temps, tu devrais te focaliser sur une seule idée. Une idée fixe, et là, cette idée, c'est tes études de droit. Tu es faite pour devenir sénateur, Rebecca. Alors reste sur ça, et oublie Akon. Il ne te veut que du mal. Tu l'as bien vu : il te ment pour t'amadouer.
–  Quoi ? J'ai vingt-cinq ans, mère ! Toutes mes amies de l'université ont un petit ami, certaines, comme Eden, sont déjà mariées. Comment peux-tu me demander de rompre avec Ace ? Je l'aime, tu ne comprends pas ? Je ne veux pas finir vieille fille, et il est la chance inespérée ! D'ailleurs... je veux l'épouser ! Oui, je vais le demander en mariage ! Comme ça, il en oubliera la dispute d'hier !
– Rebecca ! Je ne t'ai pas demandé de rompre ! De toute façon, je penses que c'est déjà fait...
– Tu l'as insinué ! Comment ça, « c'est déjà fait » ?
– Hum hum. Ta façon d'avoir dit que vous alliez vous marier sans lui demander son avis était... plutôt brutale. Il a du mal le prendre. (puis, changeant soudainement de ton :) Tu ne peux pas le demander en mariage !
– Et pourquoi ? Eden est mariée !
– Les parents d'Eden et de son mari les avaient fiancés quand ils étaient encore enfants. C'était un mariage d'intérêt. Sans aucun sentiment. Tu ne voulais tout de même qu'on t'oblige à épouser un inconnu ? Et tu ne vas pas te marier avec Ace !
– Pourquoi je ne le ferais pas ?
– Parce-que ça ne se décide pas sur un coup de tête , qu'une femme ne demande pas un homme en mariage et qu'il n'est qu'un simple employé !
– Tu réfléchis trop, s'en mêla Ariel en entrant dans la salle à manger en petite tenue. Pourquoi tu n'écoutes pas maman ? Et c'est qui ce Ace ? Au fait, préviens-nous quand tu auras besoin d'aide pour déménager à Sutton Place. Ah, et j'ai fait des gaufres. Je ne compte pas toutes les manger, mais pour toi, Reb, c'est un bon moyen de décompresser, la bouffe. Mais attention, à la ligne ! Aussi, je me demandais ce que vous penserez de cet ensemble. Je compte le mettre demain soir pour mon rendez-vous avec un de mes multiples prétendants. Sexy en dessous, classe en haut ! Pour l'appart' que papa m'a laissé, je voudrais tout refaire. Les papier-peints sont affreux : on dirait ceux de mon arrière-grand-mère... »

Et bla et bla et bla. Ma sœur avait l'art de changer de sujet plusieurs fois dans ses phrases ce qui rendait la réponse d'autant plus compliquée. Je préférais ne pas m'attarder à lui répondre :
« – Ne t'en mêle pas Ariel !
– Ta sœur à raison, tu réfléchis trop. Moi mon secret, c'est de foncer tête baissée. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai rencontré ton père... J'étais serveuse au Starbucks et...
– Oui, on sait, la coupais-je. Et tu lui as renversé du café sur son smoking puis proposé de le laver afin de le revoir en lui rapportant. Combien de fois nous l'as tu raconté ?
– Oh ! Ariel ! Cet ensemble est magnifique ! ajouta t-elle pour changer de sujet comme si elle venait de le voir.
– Ah oui ? minauda t-elle. Je l'ai acheté à Étam ! Quand penses-tu, Reb ? Tu devrais t'acheter des sous-vêtements en dentelle aussi. C'est bien que tu ai un peu laissé tomber ton côté garçon manqué du lycée. Tu as un peu maigri depuis. C'est bien d'être maigre mais trop, ça fait squelettique. Les hommes aiment les femmes rondes, tu sais ? Et puis....
– Bla bla bla. Aucun rapport . Tu parles tellement que je me demandes si ton réservoir de salive est aussi grand qu'une piscine, répliquais-je avant de m'adresser à ma mère (réplique ridicule, au passage). C'est mieux quand tu parles comme Oprah Winfrey. »

 J'entrais dans ma chambre luxueuse, puis en poussant un soupir de soulagement puis je m'observais dans le miroir en pied.
Je suis horrible, me dis-je en essuyant des traces de crayon au coin de l'œil, ma mère et ma sœur me détestent... Et maintenant, Ace ne me parle plus...
Le téléphone coupa court à mes pensées. Quand on parle du loup ! L'écran affichait "Ace Bradley". Mais je n'avais pas envie de lui répondre. Il voulait sûrement me dire que c'était fini...
Il me hait...
Alors je raccrochais. Je ne voulais pas lui parler car je ne voulais pas non plus qu'il entende le son désespéré de ma voix. Mais je voulais aussi mettre au point notre dispute. Je repris le téléphone et écivis :
 Tu veux parler ? Je m'en veux bcp, moi aussi... Je ne voulais pas que ça se passe ainsi... Avant toi, je n'ai jamais rencontré d'homme aussi bien...

Non, ça ne va pas. Finalement j'enlevais la fin.
 Tu veux parler ?

Envoi.
Puis je me couchais sur ma couette couleur lavande et me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps, là, seule sur mon lit double, avec pour seul ami le poisson rouge, sur mon bureau.
Complètement débile, toujours à tourner en rond dans son bocal. Comme moi.
 
*
 
Quelques heures plus tard, je me réveillais. En fait, c'était mon i Phone qui signalait un SMS. Expéditeur : Ace Bradley. Je me regardais au travers de la fenêtre. J'avais oublié de fermer les rideau. Il faisait nuit noire. Un coup d'œil au réveil digital connecté à mon i Phone : 2h17. J'avais dormi, hum, quatre heures. J'ouvris le message : Reb, tu ne mérites pas qu'on fasse attention à toi. Tu es capricieuse et égoïste. C'est fini entre nous. Bonne fin de vie. Ace.

Comment osait-il me dire une chose pareille ? En fait, c'était le pire des salauds de la Terre. Je m'étais trompée sur son cas.
Pour me calmer, j'allais prendre une douche rapide, puis revins dans ma chambre en m'essuyant avec une serviette de plage. Mon portable vibra. Il y avait un nouveau message d'Ace Bradley. Enroulée dans ma serviette, je grognais puis le lis  : Au fait, je ne veux pas parler.
OK. Message inutile. Inutile, mais vexant. J'avais bien compris en lisant le premier. Et il fallait qu'il en remette une couche ! Enragée, j'attrapais l'i Phone blanc avec une coque fleurie, offerte par Eden. Oh, Eden, tu me manques tellement ! Je tapais à une vitesse surprenante le nouveau texto. En même temps, il tenait en trois mots : Ace, va mourir.
Puis j'ouvris les numéros abrégés.
La sonnerie du téléphone d'Eden Jones sonna trois fois avant qu'elle ne réponde. J'imaginais Eden dans son joli penthouse dans le centre de Boston.
– Rebecca ?
– Eden ! Comment vas-tu ma belle ! m'exclamais-je.
– Tu viens de nous réveiller, moi, mon mari et ma fille. Deux heures du mat', Rebecca ! Deux heures, putain ! Ça va pas de téléphoner à une heure pareille ?!? Tu sais bien que je déteste être réveillée ! Je dois me lever à six heures pour le boulot, je te signalerais ! Toi, tu as tout ton temps, bien sûr. Depuis que tu as hérité de l'entreprise de ton père, tu peux te  la péter dans les magazines people et te la couler douce ! Et même réveiller les bonnes gens ! (il y eut un bruit derrière elle). Non, Hailey. Va te coucher, mon cœur. Papa va te border, dit-elle à l'intention de sa fille de quatre ans.
J'eus un pincement au cœur. Moi aussi, j'avais envie de me marier et d'avoir un enfant. Je me sentis si seule en entendant la voix douce d'Eden
– Eden, murmurais-je. Je voulais juste prendre de tes nouvelles...
– Prendre de mes nouvelles ! Les gens normaux n'appellent pas à deux heures du matin ! Qu'est-ce qu'il te prend, Rebecca ? Tu ne viens pas à mon mariage et bam, tu t'emmerdes dans ton appartement de riche alors tu te permets de m'appeler ?!
– Calme-toi, Eden ! S'il-te-plaît, calme-toi !
– Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire !
– Je ne suis pas venue à ton mariage car tu ne m'as jamais invitée !
Il y eut un silence. Je crus que la ligné s'était coupée mais Eden finit par me dire d'un ton énervé :
– Quoi ? Tu m'accuses, maintenant ? Je t'ai envoyé un carton d'invitation il y a trois mois ! Tu devais être la demoiselle d'honneur, tu devais tenir mon voile... Je m'attendais à fêter mon mariage auprès de ma meilleure amie et tu n'es pas venue. Tu n'as aucune excuse, Reb !
– Il y a trois mois ? Saches que je l'ai appris par les magazines le mois dernier !
– Et tu ne m'as pas téléphoné pour me féliciter ? Tu me snobes depuis ton nouveau poste alors je ne veux plus entendre parler de toi, Rebecca Evans !
– Je n'ai jamais reçu d'invitation alors je pensais que tu m'en voulais pour quelque chose, Edenia Jones !
– C'est le cas : je t'en veux d'avoir raté mon mariage ! Nous t'avions choisi une si belle robe... Et toi... Tu nous poses un lapin ! hurla t-elle, un sanglot dans la voix.
– Vous pouvez bien le fêter sans moi, votre mariage de mes deux ! criais-je encore plus fort (Avec ça, les voisins devaient hurler. Ils viendraient sûrement m'insulter en m'accusant de tapage nocturne). Six ans, Eden ! Six ans que nous préparons ce mariage ! J'ai toujours été à tes côtés pour cette fête majestueuse ! C'est de ta faute, au final si je n'ai pas reçu d'invitation ! J'aurais dû être la première à être invitée !
– Tu n'es pas le centre du monde, Rebecca Evans ! J'avais tous les préparatifs à faire ! Tu m'as laissée tomber !
– Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, Edenia Jones ! Si tu voulais que je sois là, il fallait venir me voir et me le dire en face, en sautant de joie comme l'imbécile que tu es !
Pschitt.. On entendrait presque de la fumée sortir des oreilles d'Eden
– Je n'ai pas que ça à faire ! Je vais te dire, Rebecca : c'est toi qui es imbécile. Tu cherches encore le prince charmant à vingt-cinq ans ! As-tu jamais eu une vraie relation ? Tu es trop égocentrique, je commence à trouver cela insupportable ! Quinze que je supporte Madame et ses jérémiades ! Madame doit être le nombril du monde ! Madame monopolise l'attention ! Madame veut faire comme sa grande sœur ! Tu n'arrives même pas à la cheville d'Ariel ! Elle est chic, populaire, intelligente et tous les mecs bavent en la voyant. Elle, au-moins, elle est venue à mon mariage ! Maries-toi pour de bon : trouves-toi quelqu'un de bien et on en reparlera.
– Chic conseil, Madame Jones, je lui dis d'un ton narquois .
– Ah oui. Et pour information : je m'appelle désormais Edenia Parker.
Je commençais à chercher une bonne réplique mais même si j'en avais trouvée une, c'était trop tard. Eden venait de raccrocher.
Bon. Bilan de la situation : Ace vient de me plaquer, Amber parle derrière mon dos et ne l'assume pas, ma mère ne comprends pas mes choix, Ariel se fout de moi (comme d'habitude : voilà quelque chose qui ne changera pas) et Eden me fait la gueule. Ce n'est pas si mal après tout ! Ça ne peux pas être pire !
Oh oh... je viens de me rendre compte de quelque chose... Eden a bien dit « Ariel est venue à mon mariage » ? Cela voulait peut-être dire que... c'était cette garce qui m'avait subtilisé l'invitation dans la boite à lettre ! Elle a vraiment la médaille d'or de la pire garce de l'univers. Je posais mon portable sur la table de chevet et la porte de ma chambre s'ouvrit.
– Chérie ? Que se passe t-il ? demanda ma mère d'un ton affolé juste après que j'eus finit ma conversation.
Comme si... Comme si elle avait tout écouté et attendait que je finisse pour faire son entrée.
– Maman !? m'exclamais-je. Je suis désolée de t'avoir réveillée.
– Ne t'inquiète pas. Je voulais t'en parler plus tôt mes ça me revient que maintenant, me dit-elle
– Quoi ? Arrête de faire durer le suspense et dis-moi !
– Tu ne lui en voudras pas ?
– Si tu me dis pas, je ne sais pas à qui je pourrais en vouloir.
– Ton invitation pour le mariage d'Eden.. Je l'ai retrouvé dans la chambre d'Ariel.
Ah ! Je le savais ! Ariel voulait brouiller notre amitié, à Eden et moi ! Je serrais mes poings si fort, que mes ongles transpercèrent ma paume. La douleur me fit lâcher. Je ne savais pas si je devais pleurer ou hurler. Ariel était affreusement machiavélique, mais c'était ma sœur. Finalement je me mis en larmes. Pfff... Je devais être laide à voir, échevelée comme j'étais... Ma mère a du courage de me regarder encore comme si j'étais la plus belle chose au monde (après Ariel, bien sûr.)
– Rebecca ? Tout va bien ? demanda ma mère d'un air soucieux.
– Mais bien sûr que tout va bien ! Quelle question !
Puis je me mis à pleurer de plus belle. Ma mère me pris dans ses bras en disant « Ça va, tout va bien. ». Si ça allait vraiment, je ne pleurerais pas.
– Ariel... Où est-elle ? Comment a t-elle pu me faire ça ?
– Si tu veux lui parler, tu vas avoir du mal. Elle est aux Bahamas avec Caleb Jones.
– Caleb Jones ?!? manquais-je de m'étrangler. Mais que fait-elle avec le frère d'Eden ?!


Chapitre 14
– Le faux Closer a été imprimé dans une imprimerie de Brooklyn, m'annonça Madison quand je rentrais du boulot.
Je pris le temps d'enlever mes chaussures et mon manteau.
– Ace, je te parles, insista Madison.
Ah oui. Madison n'était pas Brittany. Madison n'aimait pas attendre.
– Oui, merci, lui répondis-je en caressant Loulou qui m'accueillait tous les soirs en ronronnant.
– Arrête de caresser le chat et écoute-moi.
– Tu lui as mis des croquettes ?
– Bon sang, Ace ! Oui, il a mangé ! Figure-toi qu'il a même vidé le paquet de croquettes que je venais d'ouvrir ! Maintenant, écoute-moi, répéta t-elle.
Je levais la tête en continuant à gratter le cou de Loulou.
– J'y suis allée et on m'a dit qui avait commandé l'impression.
– Où est-tu allée ?
– Tu m'écoutes ? À l'imprimerie où on a commandé le faux Closer.
– Ah.
– Donne-moi cet animal ! m'ordonna Madison en prenant Loulou.
Elle ouvrit la porte du jardin et le jeta dehors sans ménagement.
– Loulou ! m'écriais-je.
Je m'affolais pour un chat. Tant pis, il irait voir le chat de la voisine, une petite boule de poils noire nommée Tania avec qui il passait beaucoup de temps quand il sortait. Je me servis un verre de Whisky et me tirais une chaise de sous la table pour m'asseoir.
– Te biles pas, grogna Madison. Il s'en remettra. Donc je disais que l'imprimerie a accepté de me donner le nom du client qui a commandé le Closer personnalisé.
– Comment as-tu fait ? Ils ne sont pas censés donner le nom de leurs clients.
– Ne t'inquiète pas pour ça. J'ai dû insister mais j'ai réussi à leur tirer les vers du nez.
– Tu les as menacé ?! m'écriais-je.
– Oh, arrête ! Il n'y a pas que la violence dans la vie ! Le but était d'avoir un nom et je ne voulais pas me retrouver en garde-à-vue pour agression.
– Tu les as payé combien ?
– Tu rigoles ? Je n'aimes pas gâcher de l'argent.
– Alors qu'as-tu fait ?
– Bon, tu me laisses parler ? La commande a été passée par BeautyPolis.
Madison me laissa le temps de digérer ces paroles. Puis elle continua :
– Elle a été commandée en cent exemplaires. J'ai fait ma petite filature. Je suis restée dans le magasin jusqu'à l'arrivée du client ayant fait la commande. Ou plutôt de la cliente. Une rousse très jolie, au passage. Je l'ai suivie. Elle est allée à BeautyPolis dans une Volvo blanche. Je suis rentrée peu après qu'elle ai demandé au portier de garer sa voiture. Elle doit être importante pour demander cela. Je suis allée à l'accueil pendant qu'elle se dirigeait vers l'ascenseur. Elle passa une carte dans la fente et attendit. J'ai demandé à la secrétaire de l'accueil à te visiter en prouvant que j'étais ta sœur et en disant que c'était important. Finalement, elle m'a laissé passer et me donna un pass pour monter. Je me dépêchais de rejoindre la rouquine qui tenait le sac rempli de Closer personnalisés. Sans un mot, nous fîmes le trajet. Elle monta au dernier étage et me demanda pourquoi je n'étais pas descendue avant. Je lui répondis que je m'étais trompée et que je redescendrais quand elle sortiras. Au trentième étage, la rousse alla s'installer à son bureau. Je compris qu'elle était juste la secrétaire du président ou du vice-président. Je redescendis juste après et sans rendre le pass, je suis allée m'installer au Starbucks d'en face ; la vitrine donnait sur l'entrée de l'entreprise. C'était parfait. J'ai pu guetter les allées et venues. Le soir, la rousse est sortie. Sa Volvo l'attendait devant l'entrée, un homme en sortit, elle le remercia et monta. J'attrapais un taxi afin de la suivre. Elle s'arrêtais devant des maisons luxueuses, mettait un magazine dans la boîte à lettres et partait. Son manège continua longtemps, puis elle rentra chez elle. J'ai pu noter son nom qui était sur la boîte à lettres. Elle s'appelle Amber Krugger.
Quand Madison eut finit, elle prit mon verre de Whisky et le vida d'une traite. Elle fit une grimace et le reposa.
– Il est amer, c'est dégueulasse ! râla t-elle.
– Il ne fallait pas me le prendre, répliquais-je. Amber Kugger est la secrétaire de Rebecca Evans, la présidente de BeautyPolis.
– Je sais.
– Tu sais ?
– Je l'ai lu dans un magazine il y a au moins quatre mois. Ça a fait les gros titres.
– D'accord. Je me demandes pourquoi Amber fait ça. C'est ridicule !
– Bah... Tu dois sûrement lui plaire ! Elle est jolie en plus ! Elle ferait une bonne épouse
– Non.
– Tu ne peux pas le nier, elle est canon.
– Toi aussi, tu es canon et je ne veux pas me marier avec toi.
– Moi c'est différent, Ace...
– Arrête de trouver tout le monde comme des « bonnes épouses » !
Sur ce, elle se leva et alla faire à manger dans la cuisine. Elle claqua la porte comme si elle était vexée. Qu'est-ce que j'ai encore dit ?
Non, Madison est tout simplement trop sensible. Voilà tout. Je retournais alors dans la chambre. La journée m'avait fatigué. Je me jetais dans mon lit double, trop grand pour une seule personne. Je réfléchissais à ce que Madison venait de me dire. Alors comme ça, Amber s'amusait à écrire des articles sur moi. Elle n'avait que ça à faire ? Et surtout pourquoi a t-elle fait ça ?


 Chapitre 15

Nevermind, I’ll find someone like you.
I wish nothing but the best for you too.
Don’t forget me, I beg
I remember you said :
« Sometimes it lasts in love
But sometimes it hurts instead »

 Réveillée au son doux de « Someone Like You », je m'étirais de tout mon long dans mes draps de soie. Je jetais un coup d’œil par la fenêtre. Ce qui ne manqua pas de me rappeler la dure réalité. La rupture avec Ace, la dispute avec ma meilleure amie et les plans machiavéliques d'Ariel à déjouer... Je pris l'oreiller, je le colla contre ma bouche et hurla ma colère dessus. J'avais des envies de meurtres. Oui, c'est ça : je voulais la mort d'Ariel, le plus grande garce de l'univers.

Sometimes it lasts in love
But sometimes it hurts instead, yeah. 

 En grognant j'essayais d'ignorer la musique en provenance du salon qui me dépitait au plus au point. Un autre coup d’œil : cette fois-ci vers le réveil. 15h00. J'avais une migraine affreuse. Et la musique n'arrangeait pas les choses. Oh, oh. L'avion d'Ariel s'est posé à JFK à 13h00. Peut-être qu'elle est en ce moment-même dans la maison. Je vais avoir une discussion claire avec elle. En me levant, une douleur fulgurante traversa mon cerveau. Foutue gueule de bois. Mon portable vibrait sur l'étagère. Un texto... d'Amber :
 Que fais-tu, Rebecca ? Tu es malade ?

 J'étais assez contente qu'elle prenne de mes nouvelles. Cela voulait dire qu'elle s'inquiétait pour moi. Notre amitié a donc encore ses chances. Je répondis que je ne viendrais pas aujourd'hui. Cinq secondes plus tard, mon portable vibra une nouvelle fois :
 Ne te fais pas d'idée, je te demande ça car tu dois me donner mon salaire aujourd'hui.

 Quoi ?!? Mais quelle garce ! Comment osait-elle me demander son salaire par texto ? Amber Krugger : deuxième place sur le podium des pires garces de l'univers. Un bruit sourd cognait à l’intérieur de mon crâne. La ligue « Pourrissons la vie de Rebecca » s'était vraiment liguée contre moi aujourd'hui ! Le portable revibra :
 Eh ! Je l'aurais quand mon salaire ! Je te signale que ça fait 2 mois que je n'ai rien !

 Pour qui se prend cette pauvre secrétaire ? Il fallait que je défoule. Le seule objet à ma disposition était le téléphone portable. Je l'attrapais pour le fracasser sur le sol puis je repris l'oreiller :
– MARRE, MARRE, MARRE !! hurlais-je en le collant sur ma bouche pour limiter le son.

À ce moment là, Ariel passa sa tête dans l’entrebâillement de la chambre :
– J'ai entendu un bruit, commença t-elle avant de voir ce que j'avais jeté. Mais... pourquoi as-tu fait ça ? C'était l'iWorld ! Le dernier produit Apple qui n'a toujours pas été mis en vente ! Et toi... et toi tu te défoules dessus ! Si tu n'en voulais plus, tu n'avais qu'à me le donner !
– Casse-toi ! je lui lançais d'un ton sec.
– Ah d'accord ! Ma frangine dirige une entreprise alors elle se donne le droit de parler comme ça à Ariel Evans ! On aura tout vu !
– Dégage ! je hurlais alors en lui lançant mon oreiller à la figure.
Après l'avoir évité, Ariel se pinça les lèvres.
– Elle est complètement malade... murmura t-elle en faisant demi-tour.
 
 Je me levais et m'habillais. Je pris les premiers habits que je trouvais. Mauvaise pioche. Un slim bleu ciel acheté à Stradivarius qui me faisait des jambes de crevettes et un authentique T-shirt des Rolling Stones. De toute façon, je me foutais de mon apparence. Je ramassais l'iPhone et en extirpais la carte SIM que je plaçais dans mon ancien portable. Pas si ancien que ça : il était tactile mais il était encore à la 3G. Sans maquillage, je descendis les trois étages de sa villa et entra dans la Rolls Royce rouge sous les regards inquisiteurs de ma mère et d'Ariel.
– Rebecca... tenta ma mère.
Mais je claquais la portière en guise de réponse. J’entrais la clef puis appuyais sur l’accélérateur. La voiture ne démarra pas. Après plusieurs essais ratés, je me résignais à ressortir.
– Je voulais te prévenir : il faut l'emmener au garage.
L'ignorant, je m'avançais à grands pas vers Ariel, me rappelant la haine de la veille.
– Toi ! commençais-je.
– Quoi ? me répondit-elle comme si elle n'avait aucune idée de mes intentions, quoique visibles.
– Raaah ! criais-je en me jetant sur elle.
Nous nous battîmes à terre comme des gamines en nous tirant les cheveux et en nous insultant de tous les noms. Je me pris à espérer que les voisins ne nous verraient pas. Il nous prendraient pour des folles furieuses. Furieuse : c'est ce que j'étais. Ma mère essaya de nous séparer sans résultat. Elle appela le gardien pour qu'il vienne à sa rescousse. Nous l'avions engagé car, à l'époque, il avait été en première ligne à la guerre du Vietnam. Il était robuste et très endurant : un bon garde du corps. Il nous sépara puis partit sans demander son reste : il avait déjà assisté aux colères de Victoria Evans.
– Quel age avez-vous ?! hurla t-elle de sa voix de sentor.
– Vingts-huit ans ! répondit Ariel en se mettant au garde-à-vous. 
Ouh la ! Ça faisait quasiment sept ans que je ne l'avais pas entendu crier comme ça. Sept ans que, Ariel et moi, on ne s'était pas battue comme ça, aussi. Ma mère et ma sœur me regardèrent et je répondis avec précipitation :
– Vingts-cinq ans, mère !
– Bien, dit-elle.
Ma mère avait fait l'armée quand elle avait mon âge. Puis elle en a eu marre et est partie. C'est là qu'elle est devenue serveuse – car elle n'avait aucun diplôme – et qu'elle a rencontré mon père. Elle était une des meilleures tireuse d'élite et adorait faire le général avec nous.
– Vous vous comportez comme des gamines. Êtes-vous des gamines ?
– Non, nous répondîmes en même temps.
– Alors comportez-vous comme des personnes normales et censées. C'est clair ?
– Oui !
– Si c'est clair, excusez-vous et faites-vous un câlin. Ensuite vous irez dans le salon pour régler vos problèmes de manière civile ! Exécution !
Cette petite scène était ridicule mais nous avions toujours obéi à notre mère. Nous ne savons pas de quoi elle pourrait être capable si on ne faisait pas ce qu'elle disait bien que nous étions adultes. Je n'osais pas protester et m'excusais en fermant les yeux et en joignant mes doigts.
– Je ne vois pas pourquoi je devrais m'excuser ! s'exclama Ariel. C'est quand même Rebecca qui a commencé.
– Quel age as-tu, Ariel ! Bon Dieu ! mais quel age as-tu !
– Vingt-huis ans.
– Ce n'était pas une question ! Excuse-toi.
– C'est un non catégorique. »
Le coin des lèvres de Victoria s'affaissa. Ariel croisait les bras pour se donner de l'assurance.
– Ariel fait sa rebelle. Ariel croit être plus forte que sa mère. Mais Ariel sait bien qu'elle va devoir m'obéir. (après avoir parlé d'Ariel à la troisième personne, elle prend un ton de mère affolée ; quelle bonne actrice !). Sweetheart, je te demande juste de t'excuser. Je suis d'accord, ce n'est pas de ta faute : Rebecca a été ridicule de faire ça mais ne t'abaisses pas à son niveau. Tu n'es pas aussi stupide qu'elle n'est-ce pas ?
– Bien sûr que non ! assura t-elle.
Comment osait-elle parler de moi comme ça, et devant moi en plus ?! Ça me blessait – je ne sais pas si tel était le but de ma mère – mais je ne dis rien. Toutes les deux aussi désagréables avec moi : telle mère, telle fille...
– Alors ne te bats pas même si elle commence.
– Bien sûr que si ! répéta Ariel. Je n'allais tout de même pas me laisser déchirer les fringues les bras croisées ! 
– Tu ne connais pas la phrase « Si on te mets une gifle, tend l'autre joue. » ? tenta ma mère.
– Mais bien sûr ! C'est tout à fait ça. Oui, parfaitement, madame ! dit-elle en me regardant et sur le même ton que moi quand je disais ça (Tiens tiens, elle me faisait penser à  Amber). On me gifle une seule fois, tu sais quoi maman, je défonce la gueule à celui qui fait ça. On gifle Rebecca, tant pis, elle peut supporter ça. Elle est forte. Mais on lui donne une claque magistrale, je passe à tabac le bouffon qui lui a abîmé la joue. C'est toi qui est stupide, maman. Pas Rebecca.
Il n'y avait aucun rapport entre si on lui donnait une gifle ou si on m'en donnait une (comme d'habitude) mais ces paroles me firent chaud au cœur. Elle se tourna vers moi :
– Toi... Tu ne vas pas t'en tirer comme ça !
– ARIEL VANESSA... commença ma mère.
– Oh arrête avec ça, protesta la concernée en soupirant. C'est comme si je disais (en haussant le ton :) VICTORIA FELICIA EVANS, MA MERE ! C'est stupide, hein ? Alors ne le fais pas.
Elle tourna les talons d'un air neutre. A sa place j'aurais été hyper-méga fière. Elle, elle n'avait aucune réaction finale face au courage qu'elle avait eu devant notre mère. Cette dernière avait ouvert sa mâchoire jusqu'aux ventre. Ses globes oculaires tournaient dans leur orbite tellement elle avait la rage. Elle bavait presque (c'est pour vous dire). Je me mis à pouffer derrière ma mère. Ariel se retourna, haussa un sourcil et repartit. Ma mère fit de même en voyant la réaction d'Ariel et me vit. Les larmes aux yeux, je me tenais les côtes. Ce n'était pas un pouffement que je réprimais, mais un fou rire. A ce moment là, le gardien arriva pour nous annoncer un visiteur. Ma mère s'arrêta illico. Il l'avait vu dans son état « Je suis furieuse ! ». Pauvre maman ! Elle devait avoir honte. Sans un mot, elle rentra dans la maison. Nous l'entendîmes monter l'escalier quatre à quatre puis la porte de sa chambre claqua.
– Bon... soupira le gardien (dont je ne connaissais pas le nom, au passage). Je vais dire à Monsieur le Duc que Madame ne peut pas la recevoir...
Minute ! Pourquoi le Duc voulait voir ma mère ?


Chapitre 16
Le lendemain matin, quand j'arrivais à BeautyPolis, je montais directement à mon bureau sans passer faire un petit coucou à Abigail Wells. Zut, c'est l'heure à laquelle Rebecca arrive. Rebecca. Une garce qui m'a fait croire des choses et qui n'assume plus rien.
Avec une petite chance, elle sera un peu en retard et je ne la verrais pas. Raté. Quand l'ascenseur s'ouvrit, elle accourut. Nous nous retrouvâmes tous les deux enfermés dans cet ascenseur-prison. Rebecca s'avança vers moi en bredouillant des excuses mais je détournais mon regard. Dans le miroir de l'ascenseur, je crus voir des larmes briller dans ses beaux yeux noirs.
Les paroles de Madison me tournaient en boucle dans la tête. Je n'avais pas réussi à dormir. J'arrivais enfin à mon bureau après m'être cogné le pied sur le pot de fleur que Brittany avait mis pour « embellir cet endroit lugubre et pas très accueillant ».
– Ace ? Tout va bien ? me demanda Brittany avec un ton de maman-poule quand j'ouvris la porte de son bureau.
Ce matin, elle portait du rose : tailleur rose de la même couleur que son blazer rose et aussi des escarpins roses pâles.
– Pardon. Je me suis trompé de bureau, lui dis-je en faisant demi-tour.
– Ace, insista Brittany.
– Je suis un peu fatigué, je lui répondis. Tu es gentille, Brittany.
– C'est mon travail, non ? Un peu fatigué, seulement ? Tu as l'air d'un zombie !
– Je m'ennuie. Ma vie sentimentale est un fléau.
Voilà que je me confiais à mon assistante, de deux ans ma cadette, précisons-le.
– Depuis combien de temps n'as-tu pas fait l'amour ? me demanda Brittany comme si elle était ma meilleure amie.
C'était un peu ça. Elle était une très bonne amie. Une des seules. Les autres sont des simples collègues de boulot. Ils ne sont pas aussi proches de moi que Brittany de moi.
– Depuis combien de temps quoi ?! m'exclamais-je. 
– Tu m'as entendue, dit-elle.
– Je ne sais plus... Depuis Emily, je crois.
– Non, ce n'est pas vrai, assura t-elle. Emily, c'était il y a dix ans. Il paraît que tu as une idylle avec Abigail de la compta.
– C'est juste une petite idylle de rien du tout.
– « Juste une idylle » ? Vous avez couché ensemble, oui ou non ?
– Oui, finis-je par répondre.
– Voilà, donc ce n'est pas depuis Emily. Tu me mens, Ace.
Elle aussi, elle me traitait de menteur ?
– Juste une idylle, Brittany. Comme ça.
– « Comme ça » dit-il pour ne pas souiller l'âme de sa fiancée décédée, ironisa t-elle.
– Je l'aime encore. Elle est morte mais, dans mon cœur, elle est encore vivante ! me justifiais-je.
– Comme c'est touchant ! lança Bittany avec ironie. Il faut tourner la page, Ace. Emily est morte, elle ne reviendra pas. Toi, tu es bien vivant. Ne détruis pas ta vie pour quelqu'un qui n'est plus. Je suis sûre que là-haut, elle te regarde et espère que tu refasses ta vie avec quelqu'un de bien.
– D'accord... Mais pas Abigail. J'ai quelque chose à ta dire, Britney. Mais il faut me promettre de n'en parler à personne.
– Un secret ? demanda t-elle. Cool ! J'adore les secrets.
– Britney. S'il-te-plaît.
– Croix de bois, croix de fer ! dit-elle en levant la main droite.
Ah la la. Elle était vraiment gentille, Brittany. Au final, je ne la voyais pas comme mon épouse dévouée mais comme quelqu'un pour qui je pourrais compter. Quelqu'un à qui je pourrais me confier sans craindre que l'amour détruise notre amitié.
– Rebecca...
– Quoi, « Rebecca » ? demanda Brittany.
Je me mis à réfléchir très vite. Je lui dis ou je lui dis pas ? Elle me poussa à lui raconter et je craquais. En un quart d'heure, Brittany Curve savait tout sur ma relation avec Rebecca.


Chapitre 17
Sur l'autoroute vers BeautyPolis, j'allumais la radio. La météo annonçait un orage en fin de soirée. J'atteins les 180 km/h et je doublait toutes les voitures. Je me fis klaxonner et insulter. Quand j'arrivais devant le building de BeautyPolis, je fis un dérapage devant l'entrée et descendis.
– Bonjour, Miss Evans, me salua le portier.
Je lui lançais les clefs du véhicule, une Land Rover car la Rolls Royce était chez le réparateur, et partis en direction de l'ascenseur.
Arrivée au trentième, je jetais un regard vers le bureau d'Amber. Bizarre. Elle n'était pas attablé à recopier frénétiquement des notes dur son ordinateur. Comme il était onze heures passées, peut-être qu'elle ne s'attendait pas à me voir arriver. Elle devait être allée fumer ou boire un petit café. Je ne peux pas lui en vouloir : elle était débordée depuis mon arrivée comme je lui donnais beaucoup de boulot. J'aurais fait la même chose, à sa place. Tiens, la porte de mon bureau est ouverte. Amber avait-elle besoin de documents qu'elle n'avait pas pu me demander à cause de mon absence d'hier et de ce matin ? Où peut-être... peut-être qu'elle fouillait ! Elle pourrait se venger de mon espionnage involontaire. Non, non, je suis parano... Alors je rentrais dans le bureau.

 Amber, à qui je pensais pouvoir faire confiance. Amber ma secrétaire drôle et jolie. Amber qui était toujours là quand je terminais tard le soir, pour m'aider. Eh bien, cette Amber était en train de se vernir les ongles dans mon propre bureau tout en buvant du thé en discutant avec deux blondes anorexiques. Les blondes rigolèrent bêtement quand elles me virent tandis que Amber restait droite comme un piquet en cherchant que dire à la propriétaire du bureau – en l'occurrence moi qui ne savait que dire ni que faire comme elle – sur lequel était posés maquillages, vernis à ongles et catalogues de mode.
– C'est ta secrétaire ? demanda la première blonde avec des accents mexicains.
– Tu aurais pu prendre quelqu'un d'autre qu'une émo ! lança l'autre blondasse.
Je vois. Je l'aurais parié : ces filles portent bien leur couleur blonde... Mais je ne vois pas ce que j'ai d' « émo ». D'accord, je porte un T-shirt rose fluo avec mon tailleur noir et des boucles en formes de croix mais il n'y a rien d'émo dans tout ça !
– Vous ne savez pas à qui vous vous adressez, Mesdemoiselles, je grinçais en m'avançant rageusement vers ces trois intruses. Amber, qu'est-ce que c'est que ça ?
– Je... je vais vous expliquer, Miss Evans ! commença la secrétaire, paniquée.
– Comment elle te parle ! murmurent les blondes en posant la main sur leur poitrine.
– Arrêtez ! cria Amber en se levant.
– Vous avez intérêt à m’expliquer, cela, Mademoiselle Krugger ! j'ordonnais en arrachant la photo de mon père qu'Amber montrait aux blondasses.
– Oh ! cria la blonde bronzée. Pour qui elle se prend, celle-là !
– Mila, tais-toi ! Sortez, les filles. Sortez, demanda Amber en poussant ses amies.

Une fois, les blondes envahissantes hors du bureau, Amber claqua la porte et s'avança vers moi les doigts croisées derrière le dos. Je savais qu'elles étaient croisées car la baie vitrée envoyait le reflet... Cela voulait dire qu'elle avait honte et s'en voulait énormément. Peut-être, je dis bien « peut-être », a t-elle une bonne excuse. Peut-être, pourrais-je lui pardonner cet acte grave par amitié. Les probabilités qu'elle s'en tire avoisinaient le zéro car je me rappellais encore la conversation de la veille avec Ariel, après-notre bagarre sur la pelouse fraîchement tondue.
Je lui avait demandé – calmement et civilement comme l'avait demandé notre mère – des explications qu'elle ne m'a jamais données. Elle m'avait dit qu'elle n'avait jamais touché à mon faire-part du mariage d'Eden mais que c'était Caleb Jones, avec qui elle sortait actuellement, qui l'avait invitée. C'était pour ça qu'elle avait assisté au mariage de ma meilleure amie et pas moi. Ça aurait pu être une raison valable, mais pour d'autres raisons je ne l'avais pas crue...

– J’attends, dis-je à Amber en croisant les bras.
– Je... Ces filles sont venues sans me prévenir car on leur avait dit que je travaillais ici et... elle ont cru que j'étais la femme du P.D-G alors elle se sont incrustées ! Je n'y suis pour rien, Chef Evans !
– Oh, Amber !je lui murmurais d'un air triste. Tu t'es fait entraîner, ce n'était pas de ta faute !
– Je vais nettoyer votre bureau, je suis désolée, ajouta t-elle en souriant tristement.
Elle commença à partir quand je lui lançais :
– Ah, Amber !
– Oui, Miss Rebecca ? demanda Amber en se retournant.
– Ah la, la, Amber. Quelle sacrée menteuse vous faites !
– Que...
– Vous êtes licenciée pour faute grave, Mademoiselle Krugger. Faites vos bagages !
– ...
– Allez ! Partez, et que je ne vous revois plus traîner dans les parages !
*
Comment se faire trahir en quelques jours ? Utilisez la méthode de Rebecca Evans ! Accordez une nouvelle chance au traître / à la traîtresse pour vous faire souffrir encore plus quand la personne vous décevra une nouvelle fois...
Je détestais Amber pour ce qu'elle m'avait fait. Je me détestais pour lui avoir accordé une seconde chance. J'en avais marre, je pensais que tous mes problèmes seraient réglés si je devenais directrice d'une grande entreprise, mais au contraire, c'est pire qu'avant.
– Tu as viré ta secrétaire ? demanda une voix familière.
Je levais les yeux de mes propositions de slogans (que je ne lisais pas, étant occupée à ruminer mes pensées). J'avais laissé la porte de mon bureau ouverte et quelqu'un venait d'entrer.
– Ace ? demandais-je. Tu... Qu'est-ce que tu veux ?
– Tout BeautyPolis le sait ! En même temps, on est dans une vraie usine à ragots...
– Et alors ? je demandais. J'avais mes raisons.
– Il faut qu'on parle ! jeta le jeune homme en frappant le bureau avec son poing, me faisant sursauter.
– Ah, quel culot, monsieur Bradley ! Je ne penses pas que...
– Ce soir, je passerais te chercher à dix-neuf heures. N'essaye pas de m'éviter.
– … ce soit une bonne façon de parler à sa supérieure. Et ce soir, je ne peux pas, ajoutais-je.
– Menteuse ! J'ai vérifié, tu n'as aucun rendez-vous, aucune conférence : rien ! contra Ace en sortant du bureau. N'oublie pas. Dix-neuf heures. Et ne perds pas de temps à te faire belle.
Ah d'accord ! Il me parlait comme ça. Il fallait lui rappeler qui était le boss, ici ! Je me levais en raclant la moquette avec mon fauteuil en cuir.
– Ace Bradley ! ai-je crié.
– Oui, quoi ? demanda l’intéressé avec un sourire charmeur.
– Je... non rien, répondis-je en me ravisant.
– Au fait, ajouta Ace. Le fluo ne te va pas.
– De quoi j'me mêle ?! râlais-je en souriant.
 
*
 
J'attrapais ma veste en daim et courus prendre l'ascenseur. Les employés les plus tardifs commençaient tout juste à rentrer chez eux. En appelant l'ascenseur, je regardais le bureau vide d'Amber.
Il faudra que je passe une annonce pour engager quelqu'un d'autre, ai-je pensé.
En sortant de BeautyPolis, je sortis mon téléphone : dix-huit heures cinquante-neuf. On ne peux être plus précis.
– Ah, te voilà, Emi ! s’exclama Ace.
– Quoi ? ai-je demandé d'un ton agacé. Je suis à l'heure. J'ai un meeting à 22h00 alors fais vite si tu as quelque chose à me dire ! Comment m'as-tu appelée ?
– Rien, dit-il en soupirant.
Il me fit signe d'entrer dans la Citroën. J'obtempérais en m'installant sur le siège avant puis Ace démarra.
Je m'étais demandée pourquoi il ne m'avait pas ouvert la portière comme lors de notre premier rendez-vous. En pensant à ce mauvais souvenir, un goût amer passa dans ma gorge. Je n'avais pas mangé ce midi et mon estomac me faisait souffrir. J'observais le paysage qui défilait à travers la vitre en faisant la moue afin d'ignorer les gargouillements de mon pauvre estomac vide.
– Qu'est-ce qu'il a de spécial, le paysage ? demanda Ace sans une once d'ironie.
– Quoi ? ai-je grogné comme un ours qu'on avait réveillé pendant son hibernation.
– Je sais pas, tu le regardes comme s'il était plus intéressant que moi.
Je lui jeta un coup d’œil. Je remarquais qu'Ace portait une chemise blanche et qu'il était très beau comme ça. J'ignorais ses paroles et au bout de quelques minutes, je me décidais à lui demander :
– Où va t-on ?
– Attends, répondit-il.
Je respirais un grand coup pour me calmer mais cela m'énerva encore plus. J'explosais :
– Quoi attends ?! Je ne cesse de t'attendre, tu ne t'es jamais justifié après m'avoir envoyé un SMS signalant notre rupture !
Je ne pu me retenir. Je me mis en larmes et Ace freina d'un coup sec m'arrachant un cri d'étranglement.
– Écoute-moi bien, Rebecca. Je ne t'ai jamais envoyé de message pour la bonne raison que je n'ai pas ton numéro !
Plus surprise par le ton agressif de mon amant que par le dérapage qui me coupa la respiration, j'essuyais des traces de mascara en jurant. Je sortis mon téléphone et lui montra les messages. Ace fronça les sourcils en lisant tout en se garant sur le bas-côté.
– Comment as-tu osé freiner ainsi ?! ai-je crié rageusement en déserrant ma ceinture.
– Ce n'est pas moi qui t'ai écrit ça ! Pourquoi tu ne me crois pas ? Je t'aime, Rebecca : je ne t'aurais jamais envoyé des messages pareils ! D'ailleurs, si je voulais rompre je ne l'aurais jamais fait par téléphone. Pour quel type d'homme me prends-tu pour penser que je n'oses pas te plaquer en face à face ?!
Quelle entrée en matière, Ace ! m'étais-je dis.
– Crois-moi, Rebecca, je ne t'ai jamais envoyé ça, répéta t-il plus calmement. Ce n'est même pas mon numéro !
– Tais-toi ! Tu m'as étranglée ! Tu aurais pu me tuer !
– Arrête un peu, Rebecca. Je connais un ami qui pourra retracer le téléphone qui t'a écrit cela. En attendant, nous allons manger et s'il-te-plaît, oublie ces malentendus, petit chou.
Je hochais la tête en rougissant.
Stop ! Retour-arrière : comment m'a t-il appelé ?
– Petit chou. C'était censé être affectueux, répondit-il en fronçant les sourcils tout en retournant sur la route.
Ah ! J'ai pensé à voix haute ! Qu'est ce que je suis stupide !
– Tu rougis, fit remarquer Ace ce qui amplifia la chose. Ça t'arrive souvent ?
– De rougir ?! Et toi, ça t'arrive souvent d'être aussi subtil ?
– C'est mignon, une fille qui rougit, continua Ace. Je ne parlais pas de ça. Je voulais dire : ça t'arrive souvent de parler toute seule.
– Euh...En fait j'étais déboussolée par les derniers évènements.
– Déboussolée ? Tu as bien dit déboussolée ? demanda Ace en souriant.
– Quoi ?
– Non rien... Viens, je t'emmène au resto.
– Que je viennes ? Je suis bien obligée, je suis déjà dans la voiture.
– Je ne sais pas si je dois mal le prendre...
– Pour que je viennes, tu vas devoir m'emmener dans le restaurant le plus cher de New York et je prendrais ce qui me plaira !
– Et où est-il, le restaurant le plus cher de New York ?
– Je... Là où les repas sont à 300 $, je suppose !
– Moi, je propose qu'on se fasse un repas maison. Je suis très bon cuisinier, tu sais !
Je ne répondis pas. Je croisais les bras et m'adossais sur le fauteuil. Ace reprit la route en souriant.


Chapitre 18
Ce matin, j'étais dans mon lit moelleux. Les yeux fermés, je repensais à notre soirée à Ace et moi. Il avait cuisiné de délicieux gnocchis. En dessert, nous avions mangé des tartelettes aux framboises qu'il avait faite avec sa sœur.
Ce soir là, je lui avait demandé où elle était. Il m'avait répondu qu'elle était partie pour nous laisser la soirée. J'ai un peu insisté mais il s'est énervé.
Je baillais et ouvrais mes yeux.
 Bizarre... Le décor de la chambre ne me disait rien. Évidemment, puisque ce n'était pas la mienne ! Je frottais mes tempes et observais le décor. Une couette orange crémeux me recouvrait, les murs étaient d'un blanc immaculé et le parquet était en bois clair. Les meubles étaient quasiment tous d'Ikea. Le bureau était parfaitement ordonné, un Mac trônait dessus. A droite, il y avait une bibliothèque. Je ne parvins pas à distinguer les titres qui étaient flous. En plissant les yeux je me dis que c'était normal : je n'avais pas mis mes lunettes de myopes comme je portes tout le temps mes lentilles et, de plus, les volets tirés empêchaient une grade partie de la lumière de pénétrer dans la chambre.
Je pris ma tête entre mes mais pour calmer les battements incessants. Que s'était-il passé, hier soir ? Il y eut un mouvement à côté de moi qui me fit sursauter. Je fronçais les sourcils en me demandant ce que c'était. Ou qui c'était. Dans la pénombre, je distinguais une forme noire recroquevillée près de l'oreiller. Quand mes yeux s'habituèrent à l'obscurité, je vis la chose s'étirer. Ce n'était qu'un chat.
 Les jambes engourdies, je me levais. Je me dirigeais vers la fenêtre et en ouvrit les rideaux. La lumière m'aveugla et la migraine reprit de plus belle. Je titubais en reculant. Mon cabas blanc était posé sur la chaise du bureau. Je l'attrapais et me mis en quête de trouver la salle-de-bain. Il y avait trois portes. J'ouvris celle en face du lit d'où la lumière filtrait par le bas de la porte. C'était une pièce assez vaste. Des dizaines de costumes étaient pendus à des cintres. Trompée de salle : c'était juste le dressing. J'essayais la porte d'à côté. Second essai : c'est bien la salle-de-bain. Elle était blanche, comme la chambre. Très propre avec des tapis blancs, un rideau de douche blanc, le carrelage et les murs blancs. Cela me faisait penser à un hôpital. Toute cette blancheur n'arrangeait pas ma gueule de bois. Je pris une douche rapide et cherchais de quoi m'essuyer autour de moi.  Une serviette – blanche bien sûr – était pliée près du lavabo. Je l'utilisais et au moment de m'habiller, je pris conscience qu'en sortant du lit, j'étais en chemise de nuit. Elle ne peux pas s'être mise toute seule. Des bribes de la soirée m'apparurent. C'était ça, j'étais chez Ace et j'avais bu. Moi qui n'était pas habituée à l'alcool, je me retrouvais bourrée en moins de deux verres ; Ace ne le savait pas. Une inquiétude m'envahit. Avait-il profité de moi cette nuit ?
 Je sortais de la salle-de-bain et vis ma tenue de la veille sur la chaise où était mon cabas. Pliés et repassés. En les touchant, je remarquais aussi qu'ils étaient propres. Je les enfilais puis fit a petite toilette avec le maquillage sortit du cabas. Assortit au décor blanc, d'ailleurs.
Soudain, je me rappelais la soirée. Ace m'avait demandée en mariage. Comment ai-je pu oublier ça ?! J'avais accepté. Parce que j'avais bu un verre de trop. Je crois qu'ensuite, Ace m'a emmenée dans la chambre et est partit dormir dans le salon. Comme un vrai gentleman. Tout va bien, alors.
Non, Rebecca ! Tout ne va pas bien ! Rappelle-toi ce que t'a dit ta mère : tu ne dois pas l'épouser !
Mais je l'aime. C'est la seule personne que j'ai vraiment aimée. Et nous allons nous marier.
Mais je ne peux pas l'épouser ! Je suis trop jeune. Pourquoi ai-je été assez stupide pour accepter ?
Mariage ou non ? Il est encore temps de renoncer. Vas lui parler, Rebecca. Dissipes les malentendus.
J'ai besoin de réfléchir. Voilà, je lui dirais ça.
« Je suis désolée Ace, j'ai besoin de réfléchir. ».
Parfait. Je n'aurais pas à essayer de m'expliquer : après tout je ne dirais pas qu'en fait, je ne veux pas l'épouser. Même si c'est ça. Espérons juste qu'il ne m'embêtera pas avec ça.

 J'ouvris la porte pas encore essayée et un petit chat me fila entre les jambes. Il devait avoir quatre mois à peine.
Un long couloir (aux murs blancs, vous l'aurez deviné) apparut devant moi. Il y avait plusieurs portes. Celle du fond donnait sur l'arrière-cour. Ne sachant pas où aller, je suivis le chaton gris. Il s'arrêta devant la porte à droite de celle du jardin en miaulant. Je pris pitié et lui ouvris. La cuisine. Propre. Espacée. Blanche.
Le chaton courut vers sa gamelle remplie de pâté pour chats et en vida le contenu. Comment un aussi petit être pouvait manger autant ? Il y avait un bruit de cuisson.
– Bonjour, me dit une voix féminine. Tu aimes l'œuf et les petites saucisses pour ton petit-déjeuner ?
– Euh... oui, répondis-je en cherchant la provenance de la voix.
Une jolie blonde, cheveux tirés en queue de cheval haute, portant un tablier blanc apparut dans l'encadrement de la porte. Elle avait les jambes croisées et tenait une spatule de sa main droite. Avec un sourire malicieux, elle me demanda :
– Bien dormi ?
Toujours sonnée, je réfléchissais en la toisant.
– Ben quoi, tu n'as jamais vu une jolie blonde aux fourneaux ?
– Euh... C'est que... Tu es la sœur d'Ace ? Je ne t'imaginais pas comme ça.
– Pourquoi ? Tu m'imaginais avec une sale tête de drogué ? Rassure-toi, moi non plus je ne te pensais pas comme ça.
– Non, je veux dire...
– Oh, tu parles trop. En fait tu es comme les autres copines de mon frère... 
– Je...
– Œuf au plat ou brouillé ? me recoupa t-elle.
– Tu as l'habitude d'agresser les copines de ton frère ? je lui lançais avec sarcasme.
– Réponds à ma question, me répondit-elle. Sauf si toi aussi, tu veux faire « attention à ta ligne ».
– Au plat, s'il-te-plaît.
– Ace n'a pas de goût pour choisir ses copines, grogna t-elle en s'accroupissant pour caresser le chaton gris.
Puis elle se tourna vers moi :
– Et donc, qui est ton père ?
– Pourquoi ? répondis-je en fronçant les sourcils.
Cette fille était vraiment différente d'Ace. Elle était élancée et vive. Je la voyais comme mannequin, avec un corps pareil.
– Tes fringues ont l'air de marque et ton parfum sent le cher, me dit-elle avec un rictus. Typique de la fille-à-papa.
– Mon père a été assassiné.
La blonde me regarda comme si elle compatissait.
– Directeur de BeautyPolis. J'ai repris la direction à sa mort.
Mon interlocutrice s'arrêta de caresser le chat. Elle parut réfléchir.
– Tu es la nouvelle dirigeante de BeautyPolis. Je vois.
Non, tu ne vois pas. Tu ne sais pas quelles responsabilités je dois supporter. Avec un petit sourire, je préférais changer de sujet.
– Ça sent le brûlé.
Elle eut un regard médusé puis se leva.
– Tu es venue me divertir. Ça va être immangeable. Bravo, bécasse, c'est bon pour la poubelle. Je déteste gâcher. Mais une petite fille riche comme toi s'en fout !
Comment se mettre la belle-sœur à dos... Facile ! Faites comme Rebecca ! Je m'apprêtais à lui rétorquer d'aller se faire voir quand la porte de la cuisine s'ouvrit.
– Rebecca, tu as bien dormi ? me demanda Ace. Je vois que tu as fait la connaissance de Madison, ma sœur.
– La connaissance... grogna Madison. Et pour une connaissance, quelle connaissance ! Ace, je t'avais préparé des œufs mais grâce à ta copine, je vais être obligée de t'en refaire.
Je détestais le ton de cette peste. Bon Dieu, je suis P-D.G d'une entreprise à vingts-cinq ans et cette fille qui prend ses grands airs n'a rien !
– Pas grave, Mad, je vais en faire, je m'exclamais.
– Comment m'as-tu appelée ?! s'écria Madison.
Je l'ignorais et caressais le chat.
– Comment s'appelle t-il ? demandais-je.
– Pour qui te prends-tu, Rebecca ?! cria Madison. Tu n'es pas à BeautyPolis et je t'interdis de venir commander chez moi !
– Madison, arrête, lui ordonna Ace. Il n'y a plus de pain, tu peux aller en acheter ?
– Il y a du pain de mie.
– Je voudrais de la baguette pour ce midi.
– Je ne suis pas ta bonne.
– Mais tu vis ici en échange de s'occuper de la maison. Aller acheter du pain en fait partie.
– Si tu veux que je sortes, tu n'as qu'à le dire ! cria Madison en posant sa main sur sa poitrine d'un air triste. Rappelles-toi ta promesse ! Tu avais juré de ne plus jamais aimer de femme à la mort d'Emily ! L'as-tu oublié ? Elle est morte par ta faute !
Ace baissa les yeux. Madison le regarda avec insistance.
– Tu veux qu'une autre femme meure par ton irresponsabilité ? 
Je passais mon regard entre les frangins. On lisait de la douleur sur le visage d'Ace.
Madison insista :
–  Tu avais invité Emily sur le toit du lycée pour voir le lever de soleil. Elle est morte en te rejoignant. Si tu ne l'avais pas invitée, elle serait encore là. Vois la vérité en face, c'était involontaire mais tu l'as emmenée vers sa mort.
Quelle garce ! Ariel ne me ferait jamais ça. Son but n'était pas de me détruire mais de briser tous mes espoirs d'avoir un petit ami. Madison avait dépassé les bornes.
– Arrête, je lui lançais. Tu ne vois pas qu'il pleure ?
– Tais-toi, m'ordonna Madison avec autorité. Ace, réfléchis bien à ce que tu fais. Tu étais fiancé à Emily et tu l'es toujours.
Sur ce, elle claqua la porte. Quelques secondes plus tard, le vrombissement d'une voiture brisa le silence. Le chat frotta sa tête contre les jambes d'Ace.
– Ace... je lui dis doucement.
– Il s'appelle Loulou, me répondit-il.
– C'est vrai ? Tu es fiancé à une morte ?
– Ne parles pas d'Emily comme ça ! Je veux respecter sa mémoire. En sortant avec toi, j'espérais tourner la page et l'oublier.
– Tu ne peux pas être fiancé à une morte ! Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ?
– Parce que je n'avais aucune raison de te dire ça.
– Tu aimes encore une morte !
– Tu ne peux pas comprendre, Rebecca.
– Oh si, je comprends très bien ! Tu préfères une morte à moi qui suis vivante !
– S'il-te-plaît... Je voulais passer à autre chose, mais tu es arrivée. Tu lui ressemble tellement !
– Tu m'as choisie parce que je ressemble à une morte ?!
– Non, tu ne comprends pas...
– Si, j'ai compris ! Tu l'aimes encore, hein ? Tu veux te marier avec moi parce que tu me voies en tant qu'Emily ?
Il n'eut pas le temps de me répondre. Je courus vers l'entrée en cachant mes larmes.
– Rebecca ! m'appela t-il. Rebecca, attends !
Non, je ne t'attendrais pas. Tu peux te brosser pour que j'accepte tes excuses.
– Rebecca ! répéta t-il. Tu as oublié tes affaires !
Je m'arrêtais et me retournais. Il tenait mon cabas blanc à bout de bras en le secouant.
– Va te faire voir ! je lui hurlais.

Chapitre 19

Je ne comprends pas pourquoi Rebecca me fuit comme ça. Peut-être que Madison a raison, Rebecca est arrogante et ne supporte pas qu'on lui fasse du mal.
C'est vrai, au début, elle m'a plus pour sa ressemblance frappante avec Emily. Mais c'était au début. J'ai appris à la connaître et à l'aimer. J'ai rompu ma promesse de ne plus jamais aimer depuis la mort d'Emily en lui demandant sa main, au final, ça ne m'a apporté que sa haine quand elle a comprit.
Et si Madison n'y était pas pour rien ? Elle n'a jamais accepté notre relation, à Rebecca et moi. Lui a t-elle dit quelque chose pendant mon absence ?
Enragé, je me commençais enfin à comprendre ce que m'avait fait ma propre sœur. Elle était partie pour éviter ma rage. Abandonné par celle en qui j'avais le plus confiance...
Je n'avais plus qu'à attendre le retour de Madison pur lui demander des explications. Et quelque chose me disait que je devrais être patient.
– Miaw ?
Je sursautais en entendant Loulou. Il avait les pattes collées à la porte vitrée et demandait à rentrer. Je lui ouvrais et il courut vers sa gamelle qu'il vida en quelques secondes..
Quel goinfre, celui-là !
J'attrapais mon téléphone afin d'envoyer un message d'excuse à Rebecca. Peu après, le sac-à-main qu'elle avait oublié vibra. J'avais essayé de lui rendre mais elle a cru que je me moquais d'elle alors que je voulais juste trouver une raison pour qu'elle revienne.
J'eus envie d'ouvrir le sac pour fouiller. Mais elle avait confiance en moi, il ne fallait pas. Je le lui rapporterais demain, au bureau. C'était trop tentant. Je m'apprêtais à l'ouvrir quand la porte de la cuisine s'ouvrit.
– Elle est partie, demanda Madison mi-soulagée, mi-étonnée.
– Oui, je répondais bien que ce soit inutile. Elle ne reviendra plus.
– Parfait, dit-elle. Je t'ai pris un rendez-vous avec Germany, demain soir.
Je m'arrêtais instantanément. Évitant de lui rappeler qu'elle s'appelait Brittany, je me mis à hurler :
– Qu'est ce que tu as fait ?! Ça ne te suffit donc pas de briser mon couple, il faut aussi que tu me prépares une soirée avec mon assistante malgré moi !
Elle recula de deux pas et donna un coup dans le chat.
– Briser ton couple ? Rebecca est partie toute seule, je te signalerais !
– Tu as semé la zizanie dans notre couple !
– J'étais partie pour vous laisser profiter de la matinée.
– Qu'est ce que tu lui as dit ? Vous vous disputiez quand je suis arrivé !
– Nous nous disputions ? Comme des gamines, tu veux dire ? Comment oses-tu penser que je te ferais ça, Ace ? Tu es mon frère, je ne veux pas te faire souffrir !
– Tu n'as jamais apprécié Rebecca ! J'ai toutes les raisons de penser que tu ne voulais pas d'elle dans notre famille ! Tu as brisé toutes mes espérances... Maintenant, c'est fini. Rebecca a tellement de riches prétendants depuis qu'elle est présidente qu'elle ne fera plus attention à moi.
Madison s'avança brusquement.
– Ce n'est jamais fini ! cria t-elle. Si tu aimes cette fille, va lui parler ! Ne gâches pas tout pour une petite dispute !
Sur ce, elle attrapa Loulou et l'emporta dans le salon avec elle. Si ce n'était pas elle qui l'avait dit à Rebecca pour Emily, qui d'autre ?
Qui en voulait à notre relation pour envoyer des menaces de mort à Rebecca et pour se faire passer pour moi par téléphone ?
La réponse me sauta aux yeux. Ariel Evans en avait toujours voulu à sa sœur pour s'être fait voler la vedette. Ariel Evans était capable de briser tous les couples de Rebecca, comme elle me l'avait raconté hier soir après avoir bu un verre de trop. Ariel était la coupable idéale. Mais si ce n'était pas elle, Rebecca m'en voudrait d'accuser sa sœur à tort malgré la rancune qui les unit depuis toujours.
Mon téléphone vibra. Un message de Rebecca :
 Cher Ace, j'ai bien réfléchis, je ne veux vraiment pas t'épouser. Tu as abusé de ma confiance en me faisant croire que tu m'aimais pour ce que je suis. On ne ment pas impunément à Rebecca Evans, tu devrais le savoir.
Sans rancune, je te donne une bonne fin de vie.
R.E.

Rebecca ne signait jamais par ses initiales ! De plus, Ace savait pertinemment que ce n'était pas elle qui lui avait écrit. Mais la personne qui essayait de briser leur couple. Rebecca avait dû raconter notre dispute à sa sœur et celle-ci aura tiré toutes les informations nécessaires pour qu'elle sache tout ce qui s'était passé depuis hier soir.
Je me levais et allais dans le salon où Madison regardait Desperate Housewives. Sur son ventre, trônait Loulou qui ronronnait de bonheur. Madison ne se retourna même pas.
– As-tu tracé le téléphone qui a envoyé les messages ? je lui demandais.
Elle leva enfin les yeux. Ils étaient humides et rouges. Elle opina
– J'ai reçu un autre message de cette personne, continuais-je.
– Qui te dit que ce n'est pas Rebecca qui les envoie ? Et aussi qui s'envoyait des messages de toi pour te briser le cœur ?
– Parce qu'elle a oublié son téléphone ici.
Madison ricana. Elle eut un rictus méprisant.
– Une petite fille riche comme Rebecca peut se permettre de posséder plusieurs téléphones !
Je lui montrais le messages. Elle le regarda en secouant la tête.
– Elle t'en veut de ce que tu lui as fait – alors que tu n'as rien fait de mal – et veut te le faire payer.
– Je suis sûre que ce n'est pas elle qui a écrit ça.
Madison coupa le son de la télé et croisa les bras. Elle attendit.
– J'en suis sûre car, déjà, elle ne signe pas avec ses initiales.
– Ça ne prouve rien, petit frère.
– Ce qui est écrit... ce n'est pas son genre ! On a l'impression que le message a été écrit par une pimbêche arrogante : Rebecca n'écrit pas ce genre de chose.
– Vois la vérité en face. Elle t'as fait croire l'inverse de ce qu'elle est vraiment. C'est facile de se faire passer pour quelqu'un d'autre.

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à suivre !!

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